La disparition de Josef Mengele – Olivier Guez

9782246855873-001-T1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres.  Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

 

Ce que j’en ai pensé

Travail de recherche remarquable ! Avec le résultat que la macabre légende de Mengele n’est plus.

Travail de recherche ? Ce livre est donc un essai ? Non, ne vous méprenez pas, La disparition de Josef Mengele s’agit bien d’un roman dans le sens où bien que les pensées de ce sinistre individu ainsi que les propos échangés relèvent de l’imagination de l’auteur, tout le reste est strictement factuel, c’est-à-dire, les événements et les personnages annexes et l’horreur indicible vécue par toutes les victimes innocentes aux mains de cette pourriture sans nom.

Ce livre est le propre du genre littéraire du roman qui s’attèle à remettre les pendules à l’heure de la vérité historique. On en a besoin au vu de la fascination morbide que continue d’exercer ce psychopathe à grande échelle. Je m’explique par une anecdote qui est tombée à pic au cours de ma lecture.
Pas plus tard qu’il y a deux semaines, j’ai regardé un reportage du JT du 20h sur France 2 au sujet de l’inexplicable natalité démesurée de jumeaux – dont une proportion hallucinante de monozygotes – à Candido Godoi, petite bourgade sans histoire du Brésil, fondée par des colons allemands au début des années 60. Au cours de cette courte enquête, le médecin obstétricien de ce joli coin verdoyant expliqua aux journalistes que, certes, cette gémellité extraordinaire était certainement due à une mutation génétique mais que celle dernière s’accompagnât de facto de maladie. En clair, qu’il était fort peu probable voire impossible si l’on se tenait à cette mutation seule d’avoir des jumeaux sans pathologie associée. Et, donc, de déduire que, vu que Mengele était venu à Candida Godoi dans les années soixante et y était resté quelque temps, que le docteur nazi avait trafiqué quelque chose dans les gènes de la colonie pour que gémellité et robustesse s’ensuivent. J’ai cru que j’étais en train d’halluciner devant mon écran en vociférant à voix haute à ce praticien de la santé par écran interposé de se tenir au fait des avancées récentes en matière de génétique humaine.

Cette anecdote démontre que les légendes ont la dent dure et qu’il était plus que temps de rétablir la vérité historique. J’espère sincèrement que ce roman ait du succès et soit traduit en plusieurs langues car il est d’importance de dire encore et toujours que Josef Mengele était un psychopathe de la pire espèce et était un lâche sans pareil. Il disposait de tous les ingrédients de la parfaite pourriture.

Je terminerai cette chronique en rendant hommage à toutes les victimes et, en particulier, à ces deux Juifs de Lödz, un père et son fils adolescent. Vous avez une place dans mon coeur. Je ne vous oublierai pas.

Ma note : 5/5. Coup de coeur !

Grasset
Parution : 16/08/2017
Pages : 240
EAN : 9782246855873

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L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue – Norman Ohler

Description par l’éditeur

9782707190727La drogue est la continuation de la politique par d’autres moyens : telle est sans doute l’une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich… Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s’est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l’enthousiasme était de retour, un nouvel élan s’emparait de l’Allemagne.
Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du « speed ». Mais, si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l’aveuglement d’un Göring morphinomane et surtout l’entêtement de l’état-major sur le front de l’Est ont des causes moins idéologiques que chimiques.
Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux « Patient A », Adolf Hitler, qu’il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d’opiacés et de cocaïne. Mais, au-delà de cette histoire, c’est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.

Ce que j’en ai pensé

Il faut certainement saluer le travail de recherche de l’auteur. On sent qu’il a passé du temps sur les bancs des diverses archives de guerre (ou sur leur sites Internet). Il retranscrit la chronologie d’une addiction aux drogues dures, celle d’un chef d’Etat dément et démoniaque, et on est effaré de constater que des ballonnements dus à une constipation chronique d’un seul individu ont influé à ce point le cours de la vie de millions de personnes.
Mais – oui, il y a un grand mais -, hormis la première partie du livre sur la pervitine et comment elle a été décisive dans la Blitzkrieg, ce livre ne relate que l’histoire de dépendance entre deux hommes, Hitler et son médecin personnel, Morell, sans la mettre en relation avec l’Histoire. Par exemple, on apprend vers la fin du livre que Göring était fortement intoxiqué lui aussi. C’était le 2e en ordre de commandement du Reich allemand. En quoi son addiction et celle de son taré de führer ont-elles pu influencer leurs décisions? Je me retrouve avec 36000 questions sur l’influence réelle des toutes ces addictions sur le cours de la guerre. D’après le livre, tout le monde était shooté, donc tout le monde faisait n’importe quoi et ne voulait pas voir la réalité en face. Mais, à la base, l’idéologie nazie n’est pas née des volutes de l’opium, tout au plus elle n’était qu’imbibée d’alcool ; elle était donc bien une idéologie mortifère, les drogues dures auraient aidé à ce que ses suppôts la rende exécutoire plus rapidement, plus violemment, jusqu’à la destruction totale de ce qui existait jusqu’alors.
Il faut noter – et c’est important – que ce livre est un livre écrit par un romancier (l’auteur se définit comme tel alors qu’il est journaliste) et non pas par un historien. Si des liens sont faits ci et là, ils ne sont pas ou peu argumentés. On sent clairement que l’auteur manque d’arguments fondés pour aller jusqu’au bout d’une idée énoncée.
Toutefois, le mérite de cet ouvrage réside dans le fait d’avoir mis en lumière un aspect méconnu de l’Allemagne nazie : l’interdiction totale de l’usage de drogues alors que des personnes issues de tous milieux – du chiffonnier au Chancelier nazi – pouvait être sous l’emprise de psychotropes issues des officines du IIIe Reich, de façon épisodique ou répétée. Mais – oui, encore un autre mais – il y a aussi le danger que ce livre soit mal interprété : est-ce à cause des drogues que les Nazis ont été aussi meurtriers ? Et bien, non, amis lecteurs, non. La drogue aurait permis peut-être à ce que les massacres soient perpétrés de façon plus “expéditive” tout en effaçant toute once d’impunité chez leurs exécuteurs. Car il est crucial de se rappeler que :
1) avec ou sans drogue, l’idéologie nazie reste et restera toujours une idéologie mortifère et meurtrière ;
2) ce n’est pas la drogue qui a créé le nazisme mais Hitler et ses fanatiques ;
3) ce n’est pas la drogue qui a poussé des millions d’Allemands à acclamer Hitler et à le suivre.

P.S. 1: UPDATE: 2/5 au lieu de 3/5 à  suite à la lecture de ça: https://www.theguardian.com/books/2016/nov/16/blitzed-drugs-in-nazi-germany-by-norman-ohler-review

P.S. 2 : les raisonnements médicaux sont truffés d’erreurs. Par exemple, Hitler aurait eu un jour le teint jaune parce que son corps était en train de produire de la bilirubine (toxine hautement toxique et anormale selon l’auteur) du fait de sa consommation de drogues. Vous allez tous tomber de votre chaise quand vous apprendrez que nous produisons de la bilirubine en permanence. Eh oui, c’est un produit issu de la dégradation de l’hémoglobine lors du recyclage de nos vieux globules rouges. Il est donc parfaitement normal de produire de la bilirubine, mais c’est son accumulation qui est anormale. Enfin…

Un livre à prendre avec des pincettes et à compléter avec la lecture de travaux par des historiens reconnus.

La Découverte
Parution: 8 septembre 2016

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