Monsieur Origami – Jean-Marc Ceci

Description par l’éditeur

71eoD7lzQ1LÀ l’âge de vingt ans, le jeune Kurogiku tombe amoureux d’une femme qu’il n’a fait qu’entrevoir et quitte le Japon pour la retrouver. Arrivé en Toscane, il s’installe dans une usine isolée où il mènera quarante ans durant une vie d’ermite, adonné à l’art du “washi”, papier artisanal japonais, dans lequel il plie des origamis. Un jour, un jeune horloger arrive chez Monsieur Origami. Il a le projet de fabriquer une montre complexe avec toutes les mesures du temps disponibles. Son arrivé bouscule l’apparente tranquillité de Monsieur Origami et le confronte à son passé. Ce texte, entièrement dépouillé, allie profondeur et légèreté, philosophie et silence. D’une précision documentaire, historique et technique parfaite, ce roman a l’intensité d’un conte, la pureté d’une eau vive, la beauté d’un origami.

Ce que j’en ai pensé

J’ai lu Soie par Alessandro Barrico.
J’ai lu Neige par Maxence Fermine.
J’ai beaucoup aimé ces histoires ayant le Japon comme toile de fond.
J’ai lu Monsieur Origami et je n’ai pas été touchée par la relation entre le producteur de papier et l’étudiant horloger. J’aurais voulu  plus : une confrontation philosophique peut-être entre l’Orient et l’Occident  au travers de ces tenants d’un artisanat ancestral que sont la fabrication de papier washi et l’horlogerie suisse ; ces deux savoir-faire se réclamant d’une vertu en voie d’extinction : la patience.
À dire vrai, je n’ai pas compris où l’auteur voulait en venir. Certes, il fallait découvrir la raison de la présence de “Monsieur Origami” en Toscane. Certes, il fallait révéler un autre secret. Certes, il y avait une morale à la fable qu’il fallait deviner. Certes…. mais tout ceci m’a semblé un peu superficiel.
J’ai lu Soie et Neige il y a bien longtemps, à une époque où les illusions étaient encore possibles, où l’on pouvait encore avoir l’espoir de sauver le monde. Il faudrait que je les relise à travers le prisme de la personne que je suis aujourd’hui. Pour voir si j’aime encore ces histoires d’une sagesse perdue.

J’ai néanmoins passé un bon moment de lecture.

Ma note: 3/5

challenge12016brGallimard
Parution: 25 août 2016
168 pages

L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue – Norman Ohler

Description par l’éditeur

9782707190727La drogue est la continuation de la politique par d’autres moyens : telle est sans doute l’une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich… Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s’est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l’enthousiasme était de retour, un nouvel élan s’emparait de l’Allemagne.
Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du « speed ». Mais, si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l’aveuglement d’un Göring morphinomane et surtout l’entêtement de l’état-major sur le front de l’Est ont des causes moins idéologiques que chimiques.
Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux « Patient A », Adolf Hitler, qu’il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d’opiacés et de cocaïne. Mais, au-delà de cette histoire, c’est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.

Ce que j’en ai pensé

Il faut certainement saluer le travail de recherche de l’auteur. On sent qu’il a passé du temps sur les bancs des diverses archives de guerre (ou sur leur sites Internet). Il retranscrit la chronologie d’une addiction aux drogues dures, celle d’un chef d’Etat dément et démoniaque, et on est effaré de constater que des ballonnements dus à une constipation chronique d’un seul individu ont influé à ce point le cours de la vie de millions de personnes.
Mais – oui, il y a un grand mais -, hormis la première partie du livre sur la pervitine et comment elle a été décisive dans la Blitzkrieg, ce livre ne relate que l’histoire de dépendance entre deux hommes, Hitler et son médecin personnel, Morell, sans la mettre en relation avec l’Histoire. Par exemple, on apprend vers la fin du livre que Göring était fortement intoxiqué lui aussi. C’était le 2e en ordre de commandement du Reich allemand. En quoi son addiction et celle de son taré de führer ont-elles pu influencer leurs décisions? Je me retrouve avec 36000 questions sur l’influence réelle des toutes ces addictions sur le cours de la guerre. D’après le livre, tout le monde était shooté, donc tout le monde faisait n’importe quoi et ne voulait pas voir la réalité en face. Mais, à la base, l’idéologie nazie n’est pas née des volutes de l’opium, tout au plus elle n’était qu’imbibée d’alcool ; elle était donc bien une idéologie mortifère, les drogues dures auraient aidé à ce que ses suppôts la rende exécutoire plus rapidement, plus violemment, jusqu’à la destruction totale de ce qui existait jusqu’alors.
Il faut noter – et c’est important – que ce livre est un livre écrit par un romancier (l’auteur se définit comme tel alors qu’il est journaliste) et non pas par un historien. Si des liens sont faits ci et là, ils ne sont pas ou peu argumentés. On sent clairement que l’auteur manque d’arguments fondés pour aller jusqu’au bout d’une idée énoncée.
Toutefois, le mérite de cet ouvrage réside dans le fait d’avoir mis en lumière un aspect méconnu de l’Allemagne nazie : l’interdiction totale de l’usage de drogues alors que des personnes issues de tous milieux – du chiffonnier au Chancelier nazi – pouvait être sous l’emprise de psychotropes issues des officines du IIIe Reich, de façon épisodique ou répétée. Mais – oui, encore un autre mais – il y a aussi le danger que ce livre soit mal interprété : est-ce à cause des drogues que les Nazis ont été aussi meurtriers ? Et bien, non, amis lecteurs, non. La drogue aurait permis peut-être à ce que les massacres soient perpétrés de façon plus “expéditive” tout en effaçant toute once d’impunité chez leurs exécuteurs. Car il est crucial de se rappeler que :
1) avec ou sans drogue, l’idéologie nazie reste et restera toujours une idéologie mortifère et meurtrière ;
2) ce n’est pas la drogue qui a créé le nazisme mais Hitler et ses fanatiques ;
3) ce n’est pas la drogue qui a poussé des millions d’Allemands à acclamer Hitler et à le suivre.

P.S. 1: UPDATE: 2/5 au lieu de 3/5 à  suite à la lecture de ça: https://www.theguardian.com/books/2016/nov/16/blitzed-drugs-in-nazi-germany-by-norman-ohler-review

P.S. 2 : les raisonnements médicaux sont truffés d’erreurs. Par exemple, Hitler aurait eu un jour le teint jaune parce que son corps était en train de produire de la bilirubine (toxine hautement toxique et anormale selon l’auteur) du fait de sa consommation de drogues. Vous allez tous tomber de votre chaise quand vous apprendrez que nous produisons de la bilirubine en permanence. Eh oui, c’est un produit issu de la dégradation de l’hémoglobine lors du recyclage de nos vieux globules rouges. Il est donc parfaitement normal de produire de la bilirubine, mais c’est son accumulation qui est anormale. Enfin…

Un livre à prendre avec des pincettes et à compléter avec la lecture de travaux par des historiens reconnus.

La Découverte
Parution: 8 septembre 2016

challenge12016br

Le goût de vivre – Steven Uhli

Présentation par l’éditeur

9782258133969
Depuis que sa femme l’a quitté, emmenant avec elle leurs deux enfants, Hans n’a plus goût à rien. Il vit seul, sans travail ni projets. Un jour, contraint de descendre les sacs-poubelle accumulés dans son appartement, il découvre, abandonné dans l’un des containers, un bébé. Frétillant, bien vivant. Hans le prend et l’emmène chez lui…

Ce que j’en ai pensé

La 4e de couverture m’a vraiment donné envie de lire ce livre. Comment la découverte de ce bébé dans la benne à ordures va-t-elle changer durablement la vie de ce vieil homme, au bord du précipice ? Je ne vais rien dévoiler ici seulement que c’est un roman qui parle de regrets, de tristesse, de déchéance sociale, mais aussi de solidarité, d’entraide, d’amour.
Le style est fluide ; l’histoire est bien construite et ne bascule jamais dans le pathos. J’ai particulièrement aimé le fait que les personnages représentent le spectrum de la société allemande d’aujourd’hui : personnes âgées, petits bébés, gens de la classe moyenne, individus en situation précaire, et… des Allemands d’origine étrangère, lesquels ont dû un jour venir chercher refuge en Allemagne, pays de liberté. Alors, à l’ère de Trump et de son club mondial de néo-fascistes, moi, je dis que c’est le moment de lire Le goût de vivre car c’est un livre accessible à tous tout en étant bien écrit – et bien traduit en français – ; un livre agréable à lire et qui, mine de rien, fait réfléchir.

trbreallylikechallenge12016br

Presses de la Cité
Traduit de l’allemand par Virginie PIRONIN
Parution le 13 octobre 2016
304 pages

Anna – Niccolo Ammaniti

Description par l’éditeur

9782246861645-001-x_0Sicile, 2020. Un virus mortel, « la Rouge », a déferlé sur l’Europe quatre ans auparavant et décimé la population adulte ; les jeunes, eux, sont protégés jusqu’à l’âge de la puberté. Anna se retrouve seule avec Astor, son petit frère de quatre ans. Elle doit affronter le monde extérieur avec ses cadavres, ses charognards, ses chiens errants et affamés, l’odeur pestilentielle, pour trouver, quand il en reste, des médicaments, des bougies, des piles, des boîtes de conserve, avec comme unique guide dans cette lutte pour la survie, le cahier d’instructions que lui a légué leur mère avant d’être emportée par la maladie.
Lorsqu’Astor disparaît, Anna part à sa recherche, prête à défier les bandes d’enfants sauvages qui errent à travers les rues désertes, les centres commerciaux et les bois. Mais l’ordre appartient au passé et les règles d’autrefois ont été oubliées. Pour réussir à sauver Astor, Anna va devoir en inventer de nouvelles, parcourant ce monde à l’abandon où la nature a repris ses droits, ne laissant que les vestiges d’une civilisation qui a couru à sa propre perte. Une véritable odyssée des temps modernes où s’entremêlent lumière et ténèbres, un duel permanent entre la vie et la mort.

Ce que j’en ai pensé

Cela fait trois mois maintenant que j’ai lu ce livre et Anna est toujours avec moi. Je pense à elle avec affection, l’admirant pour sa pugnacité et son humanité coûte-que-coûte même s’il ne reste plus rien à sauver. Grande erreur ! Il reste encore TOUT à sauver. Car, le combat d’Anna, c’est celui de la sauvegarde du sens de la vie dans son acception absolue.
Quand on a tout perdu, quand il n’y a plus d’avenir, tant qu’il y a la vie, il y a du sens. Et ce sens vaut toute la peine du combat. On est en plein dans du Camus, dans La Peste à mon humble avis. On a eu L’homme révolté, on a à présent, Anna, La femme révoltée.

Anna… Anna est une héroïne puissante du haut de ses treize ans. Elle n’était qu’une petite fille de neuf ans quand l’humanité s’est quasiment éteinte à cause de “la rouge”. Tous les adultes sont morts, ne restent que les enfants : les bébés et les tout-petits n’y sont plus, faute de pouvoir survivre par eux-mêmes, alors que les plus grands ont survécu. Jusqu’à ce qu’ils entrent physiquement dans l’âge adulte où ils seront tués à leur tour par “la rouge”. En effet, ce virus n’épargne personne de l’espèce Homo sapiens : en mode post-puberté, tout le monde en meurt ; en mode pré-puberté, on en est porteur. Autant dire qu’on est condamné d’office, l’issue sera la même… tôt ou un peu moins tôt.

Vous l’avez compris : Anna est un roman de formation, un bildungsroman où rien ne va plus. À dire vrai, le contexte post-apocalyptique ne lui sert que de cadre. En effet, il lui donne un souffle romanesque, un paysage auquel accrocher le thème central, lequel est la fin de l’enfance avec son passage initiatique vers l’âge adulte. Autour de celui-ci, il y a beaucoup de sous-thèmes non moins importants qui y gravitent : les valeurs transmises par les parents qui ne sont plus, le deuil, la mémoire, la fraternité au sens propre (car Anna a un petit frère, Astor), l’amitié… qu’est-ce qui nous rend humain et pourquoi la vie vaut la peine d’être vécue dignement et, ce, malgré la fin du monde.

Un 4/5 qui s’est mué au fil du temps en un coup de coeur !

P.S.: pour certains, la fin est décevante. Je la trouve absolument réussie car le post-apocalyptique n’est que le décor du roman, pas son thème central.

coup-de-coeur

challenge12016brGrasset
320 pages
Parution: 14 septembre 2016
EAN: 9782246861645
Traduit de l’italien par Myriem Bouzaher

Petit pays – Gaël Faye

Description par l’éditeur

petit-paysEn 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Ce que j’en ai pensé

Il ne faut plus vous présenter Petit Pays, premier roman du chanteur et musicien Gaël Faye, listé dans la dernière sélection du Prix Goncourt 2016, qui a obtenu le Prix du Roman FNAC et le Goncourt des Lycéens 2016. Bref, le roman s’est fait parlé de lui en long et en large, ma chronique n’est qu’un modeste son de cloche se joignant au grand carillonnement d’éloges qui ont arrosé Petit Pays.

Ayant passé une partie de mon enfance dans le Sud-Kivu, j’ai été ravie par l’évocation de l’enfance du personnage principal, Gaby, dont on comprend qu’elle est grandement autobiographique. J’ai aussi reconnu le sentiment d’angoisse latent que l’on éprouve en permanence : que tout peut basculer du jour au lendemain.
J’ai dévoré les 3/4 du livre mais le récit m’a perdue pour le dernier quart du chemin. La véracité de la plume n’y était plus, celle-ci ayant laissé place à un artifice romanesque aussi visible comme le nez au milieu du visage (pour ceux qui ont lu le livre, c’est le passage où le zippo réapparaît). De plus, ayant lu Un dimanche à la piscine à Kigali par Gil Courtemanche quelques mois auparavant, j’ai eu quelques impressions de déjà-vu sur la fin.

Malgré ces réserves, c’est un premier roman très réussi par un jeune auteur sensible et d’une grande humanité.

trbreallylike

challenge12016br

Grasset
Parution : 24/08/2016
224 pages
EAN : 9782246857334
Prix :  18.00 €

Le garçon – Marcus Malte

Description par l’éditeur

legarconbando-l-572140Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.


Ce que j’en ai pensé

J’ai lu ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2016 (#MRL16) sous l’égide de PriceMinister (Rakuten Group), livre sélectionné par Moka du blog d’Au milieu des livres. Je les remercie vivement donc ainsi que Zulma Éditions pour la copie papier de ce bijou de la littérature française contemporaine. Car, effectivement, il s’agit d’une pépite, d’un joyau, d’une gemme… bref, de la perle rare de cette rentrée que les critiques littéraires tous azimuts à l’exception de quelques esprits éclairés semblent avoir oubliée de lire avant que ce livre atypique ne décroche fin octobre le prestigieux Prix Femina 2016. Depuis fleurissent partout sur le Web des avis dithyrambiques à la surface desquels on sent effleurer la consternation éprouvée par leurs auteurs de n’avoir pas su prêter attention au garçon plus tôt.

Car, ce garçon, on ne peut le voir si on ne le découvre pas. C’est un Vendredi des temps modernes, d’un monde en ébullition dont il n’a pas conscience ayant pour seule compagne la voûte céleste immense, perdu dans les limbes de la Provence.
Ce garçon, on ne connaît ni son âge ni son apparence, on ne sait que de lui qu’il porte sur son dos sa mère mourante, laquelle… meurt finalement. Cet être était son seul univers humain, car, des hommes, il n’en connaît pas ; à l’exception de ce colporteur qui s’était perdu aux confins de leur cabane et dont il avait humé les effluves laissées par son passage, longtemps après qu’il eût quitté les lieux.

Au décès de sa mère, le garçon quitte son nid et part à l’exploration de la vie. De sa vie. On ne saura rien de ce qu’il ressent car le garçon ne parle pas. Il connaît le son de la voix humaine, des flots sonores qui sortaient des tréfonds du corps de sa mère chaque soir quand la nuit fût noire et totale, mais du sens des paroles, il ne sait rien.
Malgré ce défaut de langage à cause duquel le garçon ne dit jamais rien, Marcus Malte réussit à nous impliquer dans la quête d’apprentissage du garçon. À nous émouvoir surtout de ce que le garçon découvre, de ce qu’il est, de ce qu’il devient. L’auteur tisse au fil des pages un roman initiatique inédit en racontant trente années – de 1908 à 1938 – dans l’existence de ce garçon sur la découverte de sa propre vie – et donc du monde -, à travers de tout ce qui lui donne du sens malgré l’absence de parole :  la beauté, le rire, l’amour, la chaleur humaine, le plaisir charnel, la littérature, la musique… mais aussi en exhumant l’absurdité de la Vie en la cruauté cachée en toute chose, la violence inattendue et inexpliquée, la folie meurtrière incontrôlable, l’implacable marche du monde vers l’annihilation insensée, l’avilissement inévitable de la condition humaine.

Un matin il suit le cours d’un ruisseau et bientôt le ruisseau devient rivière et le garçon emprunte son lit et à midi il s’engouffre avec elle dans une brèche pratiquée au milieu d’un gigantesque massif rocheux. Marchant sur des galets laminés par un courant vieux de cent mille millénaires. L’eau est claire et glacée, elle lui monte aux chevilles, aux mollets, à la poitrine quelquefois quand les parois du canyon se resserrent, et alors le garçon en a le souffle coupé et il continue d’avancer la bouche grande ouverte en portant sa sacoche au-dessus du crâne pour la garder au sec. S’il lève les yeux à cet instant il n’aperçoit qu’une lézarde bleue au plafond : c’est là toute la dimension du ciel, la part octroyée par l’ombre à la lumière.

Sur le plan de l’écriture, il y a longtemps, bien longtemps, que la littérature française contemporaine ne nous a pas doté d’un roman de cette facture-là. Celle où le style prévaut sur l’intrigue, celle où le style est tout.
J’ose l’affirmer : le style de Malte est le digne héritier incontestable du style flaubertien auquel on pourrait accommoder une touche proustienne pour l’évocation de réminiscences immémoriales longtemps oubliées.
Albert Thibaudet, un des critiques littéraires les plus influents entre les deux guerres, qui aimait les livres mais plus encore les écrivains, écrivait sur Flaubert qu'”en matière de style, il ne croit pas à des dieux, mais à un dieu. (..) Il n’existe pour chaque idée, pour chaque vision, qu’une façon parfaitement juste de l’exprimer et il faut chercher jusqu’à ce qu’on l’ait trouvée. Alors cette idée et cette vision deviennent quelque chose de définitif et d’éternel, comme l’âme individuelle en union avec Dieu”.

Cette description sied à l’éblouissement qui émane de votre écriture, Monsieur Malte.
Sans l’ombre d’un doute, le grand Flaubert y aurait consenti.

coup-de-coeur

Zulma Éditions
EAN: 978-2-84304-760-2
Parution: 18/08/2016
544 page

challenge12016br logo_rentreelitteraire

Devenir Christian Dior – François-Olivier Rousseau

Description par l’éditeur

31930120Voyage dans l’avant-garde artistique des Années folles et dans l’univers effervescent de la mode, cette biographie romancée fait revivre le destin mouvementé d’un créateur d’exception.
Paris, années 1920 : un jeune homme cherche sa voie. Il passe ses soirées au Boeuf sur le toit en compagnie d’artistes déjà célèbres qui tous le reconnaissent comme l’un des leurs. Et pourtant Christian Dior ne sait pas encore comment exprimer son talent. C’est en crayonnant des modèles de chapeaux et en dessinant des robes pour des rubriques de mode qu’il découvre enfin sa vocation. Mais la guerre coupe court à ses ambitions. Démobilisé, Christian Dior rentre à Paris et seconde Lucien Lelong qui se bat contre l’occupant pour garder en France l’industrie de la couture. En 1947, il présente sa première collection : le New Look. Le succès est foudroyant et planétaire. La maison Dior devient l’incarnation du chic français, et son créateur un mythe instantané.

Ce que j’en ai pensé

Avant de commencer ce livre, je me faisais de Christian Dior une autre idée du personnage: grand, flamboyant, arrogant. En fin de compte, j’ai découvert que c’était un homme  timide, réservé, peu sûr de lui dans sa jeunesse, inconscient du talent qu’il possédait jusqu’à ce qu’il le découvrît par hasard ; très superstitieux, pas très grand mais toujours créatif et, ce, même s’il n’en était pas conscient au départ. En “grandissant”, il est devenu progressivement sûr de lui pour enfin devenir le Christian Dior de mon imagination.

C’est une biographie qui se lit aisément, truffée d’anecdotes historiques, où l’auteur a réussi à faire passer l’ambiance caractéristique allant des années de l’entre deux-guerres aux années cinquante.
Par contre, l’émotion n’était pas au rendez-vous : je trouve que le livre survole les événements sans creuser un peu leur surface ; on ne rentre jamais ou très peu dans l’intimité spirituelle de Christian – même si une part belle est faite à ses nombreuses amitiés – si bien qu’après avoir refermé le livre, j’ai encore plus envie de connaître qui était la personne derrière l’immense génie Dior.

trb-liked-it

Allary Éditions
EAN: 9782370730985
Parution: 15 septembre 2016
300 pages

challenge12016br

Chanson douce – Leïla Slimani

Description par l’éditeur

product_9782070196678_195x320Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. À travers la description du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture.


Ce que j’en ai pensé

Le bouche-à-oreille a fonctionné à plein régime. Laudatif.  En commençant ce livre en vol plané, j’en attendais tellement que l’atterrissage ressemblât à un plat en piscine.

Le premier chapitre donne le ton : Paris, il y a eut un carnage dans l’appartement des Massé au cinquième étage. Un bébé est mort (enfin, il a près de deux ans ce bébé) et sa grande soeur à peine âgée de quatre ans  est en train d’agoniser.
Et, oh surprise, l’assassin n’est pas une mère infanticide mais la nounou de la famille.
Chapitre deux : on retourne dans le passé et commence à retracer l’histoire de ce dramatique fait divers fictif. Comment est-on arrivé à ce massacre ? Là, on fait la connaissance du couple formé par Myriam et Paul et on plante le décor de tout ce qu’il y a de plus “bobo-parigot” tapant en plein dans la caricature :

  • elle -> Myriam a brillamment réussi des études de droit et est devenu avocate. Une belle revanche sur la vie car, étant née en France d’origine maghrébine, ce n’était pas gagné d’avance. Mais… elle ne travaille pas pour se consacrer totalement à ses enfants ;
  • lui -> Paul est un Français 100% de cru normand* et il est… artiste. Musicien et assistant son, il incarne le pur produit franchouillard baba-cool aux jeans délavés et cheveux en broussaille. Le type de garçon sexy avec ce zeste de nonchalance qui en fait un échalas adulescent ayant du mal à se débarrasser de son syndrome de Peter Pan.

La trame de l’histoire :  elle ne travaille pas, lui travaille mais c’est pas Byzance. Ils ont un enfant, une petite fille “difficile” qui tète mal, mais Myriam aime pouponner donc ils ont un deuxième enfant, un petit garçon facile, mais la maman est crevée, elle en a assez de passer ses journées qu’à pouponner alors elle retourne travailler (comme par hasard elle rencontre dans le jardin d’enfants un de ses anciens camarades de fac qui comme par hasard a fondé sa boîte juridique et qui comme par hasard il l’engage presque sur le champ) et elle se consacre corps et âme à son nouveau boulot. Paul décroche entretemps de juteux contrats d’enregistrement en studio pour des musiciens plus ou moins célèbres et, clap 1re, la belle vie commence grâce à l’aisance pécuniaire entrante MAIS que faire des enfants ? Il n’y a pas de place dans les crèches du coin (ils ne se sont pas démenés pour trouver une place non plus). Ni une ni deux : on cherche une nounou. On fait quelques entretiens avec des garde-enfants plus clichées les unes que les autres et on trouve la perle rare qui se matérialise en Louise, la quarantaine avancée, blonde, mince, col Claudine et collier de perles justement.
Et, clap 2e, le conte de fées commence car Louise, c’est Mary Poppins : elle fait tout, tout, tout dans la maison (et les deux c*****s de parents la laissent faire) mais on sait que ça va tourner au vinaigre, donc on attend la description de la descente aux enfers, laquelle… ne vient pas. Ah bon? Ben, non.
Louise, en fait, je l’aime bien, cette Louise avant qu’elle ne commette l’irréparable, car Louise est le seul personnage qui m’ait fait de la peine. Elle n’a vraiment pas eu de bol dans la vie, cette Louise, et, comme Mary Poppins, on ne sait pas d’où elle vient. On sait seulement que, sous ses airs angelots, c’est une Nanny McPhee qui se cache mais ses employeurs n’y voient que du feu puisqu’elle leur facilite tellement la vie, cette merveilleuse Louise.
On sait que Louise a déjà sombré dans la folie enfin, non, ça, ce n’est pas clair non plus. Louise, est-elle déjà folle ou le devient-elle ? Cependant, même si Louise m’a fait pitié, je n’ai pas compris la construction psychologique mise en place pour ce personnage car, malgré les efforts de l’écrivain, Louise ne m’a jamais paru menaçante.
Toutefois, oui, l’histoire est rondement menée ; oui, les phrases sont jolies et finement écrites. Néanmoins, oui aussi, les personnages sont plats – ceux des enfants y compris -, sans profondeur aucune sauf celui de Louise, toute menue soit-elle, qui recèle un tout petit peu d’épaisseur.
De toute façon, au final, cela ne change rien puisque Louise prend le visage de la sorcière dans Hansel et Gretel et je n’ai toujours pas compris comment et pourquoi.

*ou champinois ou lorrain? Je ne me souviens plus exactement de quelle région Paul est originaire. Camembert !

it-was-okchallenge12016br

Gallimard
EAN: 9782070196678
Date parution: 18/08/2016
240 pages

Les forêts profondes – Adrien Absolu

Description par l’auteur

9782709658652-001-x_0« Fin décembre 2013, un garçonnet du bout du monde décède de symptômes qu’on associe trop vite à une dysenterie. Tout le monde ignore que, dans un coin de forêt reculé de la Guinée, le virus Ebola vient de prendre sa première victime en Afrique de l’Ouest. C’est là que mon récit démarre : dans le village de Meliandou. Douze mois plus tard, le virus Ebola a touché à la postérité : celle qui s’offre aux grandes calamités, qui, par l’émotion qu’elles suscitent, marquent l’opinion toujours et parfois une époque. Entre temps, l’épidémie Ebola a fait 10 000 morts. Pendant les douze mois de l’année 2014, le temps a été comme suspendu en Guinée, dans une sorte d’état d’urgence sanitaire, où ce sont les humanitaires (MSF, OMS) et les laboratoires de biosécurité qui ont dit ce qu’était la Loi. Pour limiter les infections, on a donc cessé de se serrer la main pour se saluer, d’acheter sur les étals marchands de la viande de brousse boucanée, et même d’aller à l’école. On a pourtant continué à vivre. Et bientôt les légendes de la forêt sacrée et les rites des ancêtres sont venus concurrencer les grands axiomes de la santé publique, dans un inévitable choc des cultures. Ce récit, écrit entre Paris et Conakry, relate ce qui s’est réellement passé en Guinée en 2014. Et qu’on n’a jamais lu. »

Ce que j’en ai pensé

L’auteur de ce livre est ce qu’on appelle un « humanitaire ». Il fait partie de ces hommes et femmes qui partent dans des contrées hostiles pour porter de l’aide. Ca, c’est pour la description plus que succincte et forcément réductrice. La version plus longue nous apprend qu’Adrien Absolu est chef de projets Santé et Protection sociale à l’Agence française pour le développement (AFD). Depuis son bureau à Paris principalement et sur le terrain également, il veille sur la qualité de la mise en œuvre des projets de développement, financés par la France, dans divers pays du tiers-monde dont la Guinée. Ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest tient une place particulière dans le portfolio des projets sous sa gestion dont notamment en 2012 un projet de renforcement de l’offre de soins. « L’AFD mettait 10 millions €, l’UE 20 millions, soit le budget annuel du ministère de la Santé guinéen. L’idée était de concentrer les efforts sur une région : la Guinée forestière, très enclavée, très éloignée de la capitale, soumises à de fortes tensions depuis plusieurs années, du fait de sa situation frontalière avec le Liberia, la Côte d’Ivoire et la Sierre Leone, ravagés par des guerres civiles. La région a accueilli beaucoup de migrants, de réfugiés, des milices. Les indicateurs de santé sont parmi les plus mauvais du monde.[1] »

C’est précisément dans cette Guinée forestière, region reculée où l’offre médicale est une des plus réduites du continent qu’éclate l’épidémie d’Ebola en décembre 2013. Ce qui rend tout plus difficile. La prise de conscience d’abord de la survenue de décès rapides et, ensuite, de la propagation exponentielle du virus d’Ebola qui ne se limite plus à rester circonscrit à un territoire donné, s’éteignant d’habitude comme un allumette consumée. Ce n’est que quand des cas se déclarent au Sierra Leone voisin qu’on se rend compte que cette fois-ci le virus ne se comporte pas comme il le fait d’ordinaire. C’est alors le branle-bas de combat de l’urgence sanitaire, Il faut éradiquer cette épidémie d’Ebola anarchique au plus vite. L’avenir de l’humanité est en jeu. On a déjà quatre mois de retard.

Entrent sur scène tous les grands pontes de la santé publique internationale et de l’humanitaire : l’OMS, MSF, etc. La politique est agressive. On débarque en combinaison stérile et étanche dans des villages frappés par Ebola, enfouis au cœur de la forêt guinéenne, dont les noms ne figurent même pas dans mon atlas de salon, et on prend le taureau par les cornes : cadavres emballés dans des sacs noirs étanches et jetés dans une fosse commune où ils sont brûlés ; évacuation manu militari des malades, posés sans ménagement sur des civières branlantes où ils sont emballés comme des bonbons afin d’éviter toute autre contamination. Dans les deux cas, le logement et les affaires du malade/mort sont détruites par le feu et ses proches et contacts placés en quarantaine dans des campements inexistants la veille.
Or, vu sa létalité, faut pas badiner avec Ebola, me diriez-vous. Oui, mais, cette prise en charge agressive peut être acceptée dans nos pays où la chose scientifique est établie et les mesures d’hygiène comprises. Mais, au fin fond de la Guinée, la population comprend-elle ce qui lui arrive ? Bien qu’on ne se l’explique pas, la maladie portée par Ebola peut être vue comme une calamité divine alors que les mesures sanitaires d’urgence sont plutôt interprétées comme des tentatives d’invasion belliqueuse.

C’est ce que le récit point toute au long de cette triste épopée : le fossé d’incompréhension entre notre monde aseptisé, scientifique, hygiéniste, à l’eau potable coulant au détour d’un robinet et à la lumière au bout d’un interrupteur et, ce monde-là, celui des « villages de Guinée, (..), [qui] ont conservé l’aura du temps suspendu et maintenu le respect des rites et des ancêtres qui s’accommodent à merveille d’une vie tournant au ralenti, sans l’électricité, sans le bitume, où les fêtes valent le détour, celles de la récolte d’octobre, où l’on sert aux moissonneurs un festin de riz, de poulet et de viande boucanée, avec le même sentiment du devoir accompli qui parcourait les soirs de fauche les grandes tablées du Gâtinais, où l’âme replète, on trempait son pain dans des assiettes de vin, ou de lait pour les enfants. Bref, une vie paysanne, sage, immuable, répétitive et satisfaisante pour qui a son lopin et aime ses habitudes. »
Sans compter les rivalités internes entre les organismes humanitaires et institutions internationales sous la gouverne des pays occidentaux (qui aura le meilleur vaccin le plus vite ? Hein, qui ?).
Or, la volonté d’éliminer Ebola au plus vite n’a pas supprimé l’émergence des maladies habituelles. Ce n’est pas parce qu’Ebola a débarqué que le paludisme, le diabète, ou même la grippe sont partis en vacances, bien au contraire. On oublie de soigner tout ça et on meurt inutilement d’une affection traitable par faute de soins. Une ineptie humanitaire que ce livre met aussi en lumière.

Ayant récolté entre 3000 et 4000 documents sur l’épidémie Ebola de 2014, Adrien Absolu nous en fait son récit précis et argumenté et livre ainsi sa vision du combat de son éradication.
On a failli perdre la bataille.
La prochaine fois qu’Ebola ressurgira (ne nous leurrons pas, cela se reproduira), espérons que tous les grands pontes de l’aide sanitaire internationale (lisez : les autorités gouvernantes) auront lu le livre d’Adrien Absolu.

Ci-dessous, un extrait du livre résumant un peu l’esprit de ma chronique :

Ce jour-là paraît dans Le Monde, rubrique « Idées », l’opinion la plus stupéfiante qu’il m’ait été donné de lire de toute l’épidémie, sur les trois ou quatre mille documents que j’ai pu avoir entre les mains. Elle est signée d’un économiste, du moins se présentant comme tel, Louis Marsan-Masnières. Je découvre le jour où j’écris ces lignes qu’il tient un blog, louismarsan.fr, à l’interface désuète, compilation de billets consacrés à la dette publique et à la crise grecque, parsemés d’équations impossibles, et j’ai toujours peine à comprendre comment les équipes du Monde en charge de monter ces pages ont pu offrir trois colonnes à cet holibrius. Intitulée « Pour plus d’efficacité dans la lutte contre Ebola », je ne peux évidemment pas retranscrire in extenso sa tribune, mais en voici les « meilleures feuilles » comme on dit. Nous proposons l’idée d’une création de points de fixation des aides, sous la forme de zones franches transfrontalières destinées […] à accueillir et à soigner la population infectée par le virus. Celles-ci jouiraient pour une durée déterminée d’une totale autonomie, elles seraient, pour éviter toute équivoque, placées sous mandat onusien, et bénéficieraient de la protection d’une force armée internationale, dotée de pouvoirs de police étendus. Des structures médicales légères […] seraient dans un premier temps mises en place, avec l’envoi d’un très grand nombre de volontaires médicaux venant des pays développés et bénéficiant d’un statut avantageux d’expatriés […], ce qui impose de ne pas trop regarder à la dépense. […] On trouvera sans problème dans les pays industrialisés les compétences managériales et logistiques nécessaires à la réalisation de ce genre d’opération, pour peu qu’on accepte d’y mettre le prix. […]. La dimension médicale initiale des zones franches pourrait être le prélude à un développement urbain plus conséquent, toujours avec assistance internationale, et un agrandissement de la palette des activités. Déploiement de casques bleus, médecins européens payés vingt fois le SMIC pour fermer les paupières des morts d’Ebola, encadrés par des diplômés d’écoles de commerce et coachés par des consultants de KPMG ou d’Ernst&Young, contrats juteux pour Bouygues ou Vinci ; voilà la grande Idée de Louis Marsan-Masnières, et l’on n’aura même pas en rêve posé la première pierre de cette zone franche que le virus aura déjà foutu le camp trois cents kilomètres plus loin.

Laissons le Pr Olivier Bouchard, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Avicenne, répondre à la mégalomanie triomphante de LMM, dans un éloge du pragmatisme et presque de la décroissance, paru dans une publication confidentielle, La Lettre de l’Infectiologue : Ce ne sont pas les anticorps monoclonaux de ZMapp® (anecdotiquement utilisés et sans preuve de leur efficacité), ni même les sérums de convalescents et encore moins les futurs inhibiteurs d’ARN polymérase qui vont infléchir la mortalité d’Ebola. À l’inverse, une bonne vieille « réa » de soluté hydroélectrolytique, même accrochée à un clou sous une tente de fortune, mais largement accessible, ferait chuter la mortalité de 70 à 20 %.

trbreallylike

JC Lattès
EAN: 9782709658652
Date parution: 05/10/201
200 pageschallenge12016br

[1] http://www.lalsace.fr/actualite/2016/08/22/adrien-absolu-cultive-le-virus-de-l-alterite

La mésange et l’ogresse – Harold Cobert

Description par l’éditeur

la-mesange-et-l-ogresse-couv

« Ce que je vais vous raconter ne s’invente pas. »
22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à la perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa « mésange » reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ?
Quoi de plus incompréhensible que le Mal quand il revêt des apparences humaines ?
En sondant les abysses psychiques de Monique Fourniret, en faisant résonner sa voix, jusqu’au tréfonds de la folie, dans un face à face tendu avec les enquêteurs qui la traquent, ce roman plonge au coeur du mal pour arriver, par la fiction et la littérature, au plus près de la glaçante vérité.

Ce que j’en ai pensé

Ceux qui me connaissent savent que je n’abonde pas de passion pour le thriller, surtout pas pour ceux qui versent dans le glauque le plus gluant. Comme on se nourrit de ce qu’on lit, je vous épargne la description du délabrement mental occasionné par la lecture coup sur coup de Misécorde par Jussi Adler-Ossen et cinq thrillers par Maud Tabachnik.

Cette année-là, j’ai donc décidé que les thrillers étaient finis pour moi (à l’exception de mon “chouchou du genre”, à savoir le maître incontesté de l’horreur de tous les temps, Stephen King).

Mais, thriller n’est pas nécessairement polar alors que polar peut être à suspense. Vous me suivez ? Non ? C’est pas grave, moi non plus. Disons que j’aime les polars à la Simenon, à la Mankell. Ah ! Maigret, Wallander… ! J’aime ces flics un peu déboussolés, calmes, ténébreux, torturés, fumant la pipe ou la sèche, avec une épouse fidèle ou en crise maritale, tellement différents mais si semblables dans leur poursuite de la vérité. Comme je les aime ! et, donc, comme j’ai aimé le commissaire Jacques Debiesme ainsi que son équipe d’inspecteurs dont la caractéristique principale est leur humanité avec un grand H.
Car, d’humanité, on en a grandement besoin lorsqu’on s’attèle à décrire les crimes commis par le couple infernal Fourniret. Qu’on se rassure, la qualité d’écriture est telle que la description des violences subies par les victimes est réalisée avec beaucoup de discernement et de respect sans jamais verser dans le sordide ni le voyeurisme. Que cela ne déplaise à certains mais savoir quels ont été les derniers instants des victimes de ces monstres, c’est reconnaître pleinement l’horreur qu’elles n’auraient jamais dû vivre. Par ailleurs, l’assassin est un personnage secondaire, car ce livre est aussi un poignant hommage aux jeunes filles assassinées.

Ce roman du réel s’articule en quatre temps, imbriqués l’un à la suite de l’autre, sans ordre précis en fonction de la temporalité du récit :

  • les crimes relatés par l’angle des victimes (l’auteur les nomme sous un pseudonyme) ;
  • les pensées prêtées à Monique Olivier, épouse Fourniret, par lesquelles on découvre l’histoire de sa vie ; on tente de déchiffrer sa personnalité ; on assiste à la rencontre avec son futur mari et, enfin, à la mise en place de leur mode de fonctionnement en tant que couple, une synergie à finalité meurtrière entre deux rebus humains d’une médiocrité sans pareil ;
  • l’enquête policière proprement dite par le biais des auditions de Monique Fourniret ;
  • les états d’âme des courageux policiers et comment ils font face aux innombrables embûches auxquelles ils sont confrontés afin de pouvoir mettre Michel Fourniret hors d’état de nuire ad vitam eternam.

Vivant en Belgique au moment de l’arrestation du monstre aux lunettes rondes d’argent, à l’aube de l’ouverture du procès d’autres monstres du même genre, l’ogre à la moustache noire et de sa lâche de femme aux longs cheveux jaunes, je me souviens des grands moments de l’enquête – dont le point d’orgue fut la découverte de la participation de Monique Olivier dans les crimes, elle, une mère de famille (encore une !) – ainsi que, plus tard, du procès à Charleville-Maisières. Cependant, avant de lire La mésange et l’ogresse, j’étais bien loin de me rendre compte des tenants et aboutissants de cette enquête policière et du scandale judiciaire, lequel pendait au nez du Royaume, un comble après la série effroyable de méprises et d’incompétences flagrantes dans l’enquête sur les enlèvements de Julie & Mélissa, An & Eefje.

Harold Cobert signe ici un thriller policier haletant, assorti d’une esquisse psychologique d’une rare profondeur, le tout porté par une grande humanité.

Pour ne jamais oublier.

coup-de-coeur

challenge12016br

Plon
ISBN: 9782259230421
ISBN numérique: 9782749151052
Date parution: 18/08/2016
424 pages

Save

Save