La disparition de Josef Mengele – Olivier Guez

9782246855873-001-T1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres.  Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

 

Ce que j’en ai pensé

Travail de recherche remarquable ! Avec le résultat que la macabre légende de Mengele n’est plus.

Travail de recherche ? Ce livre est donc un essai ? Non, ne vous méprenez pas, La disparition de Josef Mengele s’agit bien d’un roman dans le sens où bien que les pensées de ce sinistre individu ainsi que les propos échangés relèvent de l’imagination de l’auteur, tout le reste est strictement factuel, c’est-à-dire, les événements et les personnages annexes et l’horreur indicible vécue par toutes les victimes innocentes aux mains de cette pourriture sans nom.

Ce livre est le propre du genre littéraire du roman qui s’attèle à remettre les pendules à l’heure de la vérité historique. On en a besoin au vu de la fascination morbide que continue d’exercer ce psychopathe à grande échelle. Je m’explique par une anecdote qui est tombée à pic au cours de ma lecture.
Pas plus tard qu’il y a deux semaines, j’ai regardé un reportage du JT du 20h sur France 2 au sujet de l’inexplicable natalité démesurée de jumeaux – dont une proportion hallucinante de monozygotes – à Candido Godoi, petite bourgade sans histoire du Brésil, fondée par des colons allemands au début des années 60. Au cours de cette courte enquête, le médecin obstétricien de ce joli coin verdoyant expliqua aux journalistes que, certes, cette gémellité extraordinaire était certainement due à une mutation génétique mais que celle dernière s’accompagnât de facto de maladie. En clair, qu’il était fort peu probable voire impossible si l’on se tenait à cette mutation seule d’avoir des jumeaux sans pathologie associée. Et, donc, de déduire que, vu que Mengele était venu à Candida Godoi dans les années soixante et y était resté quelque temps, que le docteur nazi avait trafiqué quelque chose dans les gènes de la colonie pour que gémellité et robustesse s’ensuivent. J’ai cru que j’étais en train d’halluciner devant mon écran en vociférant à voix haute à ce praticien de la santé par écran interposé de se tenir au fait des avancées récentes en matière de génétique humaine.

Cette anecdote démontre que les légendes ont la dent dure et qu’il était plus que temps de rétablir la vérité historique. J’espère sincèrement que ce roman ait du succès et soit traduit en plusieurs langues car il est d’importance de dire encore et toujours que Josef Mengele était un psychopathe de la pire espèce et était un lâche sans pareil. Il disposait de tous les ingrédients de la parfaite pourriture.

Je terminerai cette chronique en rendant hommage à toutes les victimes et, en particulier, à ces deux Juifs de Lödz, un père et son fils adolescent. Vous avez une place dans mon coeur. Je ne vous oublierai pas.

Ma note : 5/5. Coup de coeur !

Grasset
Parution : 16/08/2017
Pages : 240
EAN : 9782246855873

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Romain Gary s’en va-t-en guerre – Laurent Seksik

33978515Présentation par l’éditeur

Avant d’inventer Émile Ajar, Romain Gary s’est inventé un père. Bâtissant sa légende, l’écrivain a laissé entendre que ce père imaginaire était Ivan Mosjoukine, l’acteur russe le plus célèbre de son temps. La réalité n’a rien de ce conte de fées.
Drame familial balayé par l’Histoire et fable onirique, Romain Gary s’en va-t-en guerre restitue l’enfance de Gary et la figure du père absent. Avec une émotion poignante, le roman retrace vingt-quatre heures de la vie du jeune Romain, une journée où bascule son existence.

Ce que j’en ai pensé

Commençons pas une note positive : le ghetto juif de Wilno en 1925 est très bien décrit. On s’y croirait et certains personnages sont truculents (j’ai oublié leur nom mais il s’agit notamment du vendeur de casseroles et de l’acheteur amoureux de classiques français).

Continuons à présent par ce qui m’a déplu.
N’ayant pas encore lu entièrement La Promesse de l’aube (j’en avais délaissé la lecture car elle ne me convenait pas à ce moment-là de ma vie), je ne me souviens plus tout à fait de la personnalité de Mina, la maman de Romain Gary, celle qui a tout fait pour que son fils ait un avenir meilleur. Quelle mère courage… quelle abnégation. Or, ici, on n’en perçoit pas vraiment l’étendue du sacrifice de cette maman pour son unique enfant, son cadet, car c’est une maman ayant perdu son fils aîné. On la présente plutôt comme une femme caractérielle, avec un bon fond, certes, mais exubérante, fantasque puis est en proie à des accès de mélancolie et elle fume en cachette de son fils par-dessus le marché (on apprend que Roman n’aimait pas que sa mère fume (!) ). Ce n’est guère étonnant au vu du deuil qu’elle subit et de la précarité de sa situation maritale, matérielle, sociale dans laquelle elle et son fils se trouvent et j’en passe. Il y a de quoi chambouler les esprits les plus endurants. Mina vient de perdre son fils de 23 ans suite à une maladie fulgurante et son mari, père de Roman mais pas le père du premier enfant, ne trouve rien de mieux que de la quitter – pour une autre femme, bien sûr, beaucoup plus jeune, et qu’il ne tardera pas à la mettre enceinte – la laissant, elle et Roman, dans le dénuement le plus total.
Devinez quoi ? Et bien, tout le livre est un compte rendu fictif de deux journées importantes soi-disant dans la vie de Roman détaillant une espèce de relation inexistante père-fils. L’épilogue – ahurissant tellement le dialogue entre le père et l’officier SS est irréaliste qu’il en devient infantilisant – est centré sur la figure du père et on tourne la dernière page avec l’image du père en tête. Oui, l’image d’un lâche, quoi. Il suffit de regarder un instant le monde actuel et qui sont nos dirigeants pour avoir une image de lâches. Alors, sincèrement, je n’ai pas envie d’essayer de percer le mystère d’un des écrivains les plus emblématiques du 20e siècle par le truchement de l’analyse d’un personnage qui brille par sa lâcheté.
Je ne vois vraiment pas en quoi le père absent – et lâche – de Gary est la clé de l’énigme Gary. Peut-être, dans le sens où Gary a tout fait pour être la parfaite antithèse de son père. Mission amplement réussie mais grâce à qui selon vous ? À Roman lui-même et à… sa mère, Mina Owczynska.

P.S.: Dans le livre, Mina est devenue Nina. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Ma note: 2/5.

Flammarion
Parution: 18 janvier 2017
224 pages

La meute – Yann Moix

Grasset, février 2010, 266 pages.

Lu le 01/02/2017 dans le cadre de l’Objectif PAL

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Y aurait-il donc une Affaire Polanski comme il y eut une Affaire Dreyfus ? Beaucoup dont Yann Moix, le croient. Tandis que d’autres, plus nombreux, semble-t-il, s’indignent d’une telle comparaison… D’où ce livre qui, a n’en pas douter, fera débat. La thèse ? D’un côté, on le sait, ceux qui disent a juste titre que tout crime ou délit mérite son jugement et sa sanction. Qu’il n’y a pas une loi pour les élites et une loi pour les obscurs . Dont acte- puisque telle est la règle démocratique. Face a ceux-la, Moix fait simplement observer que l’Affaire Polanski serait enterrée depuis longtemps si Polanski avait été un Monsieur tout- le-monde . Au nom de la règle démocratique, on en arriverait donc a trouver naturel qu’il y ait des lois (d’exception) pour un homme célèbre, et un droit a l’oubli pour les autres… C’est contre ce fait que Moix s’emporte et s’indigne. Au passage, bien sûr, il entre dans les détails de l’Affaire : le retrait de plainte de la victime ; l’arrangement financier ; le rôle de la mère de la victime ; l’attitude pour le moins étrange du gouvernement suisse ; le fait que Polanski, en trente ans, n’ait jamais récidivé ; le rôle des juges (élus) aux États-Unis. Du coup, il en vient a décrire notre epoque, ou l’idéologie égalitariste instille une haine particulière du talent, de la singularité. Selon Moix, la meute veut immoler (tout en les adorant) ses idoles. Il faut qu’elles soient punies. Freud n’avait pas démontré autre chose dans Totem et Tabou.”

Ce que j’en ai pensé

Ce livre est une réflexion salutaire sur la violence exercée par l’opinion publique à l’encontre d’un seul, en l’occurrence ici, Polanski.
L’auteur y aborde tous les angles de la dénommée “affaire Polanski” en plaçant au centre de la polémique la condition même du cinéaste composée de deux éléments indivisibles : son génie d’artiste du 7e art et sa judéité de naissance. Cette dernière n’est pas anodine ; au contraire, elle participe entièrement dans la désignation du bouc émissaire, accompagné de son corollaire :  le lynchage médiatique dudit bouc émissaire.

On aime ou on n’aime pas Yann Moix. C’est un choix. Mais telle n’est pas la question. Dans La meute, Yann Moix a le mérite de dire les choses telles qu’elles sont, surtout si elles ne tombent pas dans le domaine du politiquement correct. Son livre nous appelle à nous confronter à nos propres nullités. Permettez-moi de prendre un malin plaisir à relayer la mauvaise nouvelle : on est tous nuls en quelque chose (Moix y compris, de son propre aveu, il se trouve nul dans beaucoup de choses). Le courage serait d’accepter cet état de fait au lieu de toujours essayer de donner le change en cherchant un bouc émissaire pour ne pas nous affronter nous-mêmes. Suivant ce raisonnement, on se rend compte que “l’affaire Polanski” n’a pas éclaté en 1977, année des faits présumés qui lui sont reprochés ni en 2004 quand Polanski a été sacré meilleur réalisateur aux Oscars pour The Pianist , mais l’histoire est remontée à la surface en 2009 lors de l’arrestation de Polanski en Suisse à la demande des USA où, à l’ère du Web 2.0, cet événement a pris une ampleur sans précédent. Car la meute s’est bien retenue de se limiter à énoncer un bref “pour ou contre” (quoi de plus humain, n’est-ce-pas?) ou bien d’exprimer le fait d’apprécier les oeuvres du cinéaste tout en prenant ses distances avec l’homme. Mais non, tout le monde s’y est mis de son petit commentaire mesquin sur Twitter, Facebook, Reddit, sur les journaux web, etc. en n’omettant surtout pas de déverser sa haine.
La haine, la haine, la haine. L’affaire Polanski = déballage éhonté de haine. Point.

La seule conclusion que je peux tirer de ce livre est que l’affaire Polanski est d’une complexité extrême. Et que le premier coupable dans l’absolu est la meute. En effet, le déversement de haine sur la toile au profit d’un procès sommaire et expéditif d’un accusé présumé sur l’autel des réseaux sociaux n’est pas l’attitude d’êtres humains civilisés. C’est le comportement d’une meute qui a déplacé son terrain de chasse des forêts obscures vers une toile sombre et anonyme. Cet état de fait est d’autant plus dérangeant que Yann Moix non seulement nous met devant nos criantes lacunes morales, il enfonce le clou en démontrant le parallèle entre ce tribunal virtuel composé de millions d’internautes jurés-autoproclamés où l’on a cloué Polanski au pilori et le procès arbitraire que subit Joseph K..

Par respect vis-à-vis de ma propre intelligence, je n’aime pas prendre mon clavier pour accuser à-tout-va sans preuve de ce que j’avance. En revanche, j’userais de cet outil merveilleux qu’est Internet – quand il est utilisé à bon escient – et de cet organe extraordinaire qu’est mon cerveau pour rassembler et analyser TOUTES les pièces du dossier Polanski vs Geimer en vue d’énoncer éventuellement une opinion.
Oui, Mesdames et Messieurs, membres de la meute, une opinion, c’est-à-dire un ressenti fondé sur une recherche documentaire honnête et objective au possible. Pas un jugement, seul un juge à le droit d’énoncer un jugement à l’issue d’un procès en bonne et due forme.

Entre-temps, arrêtons de gâcher notre plaisir à voir et revoir Rosemary’s baby.

Ma note : 4/5

Médecin de combat – Denis Safran et Vincent Rémy

Description par l’éditeur

Grand patron hospitalier, médecin-chef de la BRI, l’ancien Antigang, Denis Safran accompagne cette unité d’élite dans toutes ses actions. Le 9 janvier 2015, il participe à l’assaut contre l’Hyper Cacher. Le 13 novembre, il est le premier médecin à entrer au Bataclan.
À 69 ans, comment arrive-t-on en première ligne de missions aussi dangereuses ? Denis Safran raconte son parcours exceptionnel d’enfant de la République, fils unique de parents juifs polonais ayant échappé à la déportation. À 20 ans, il décide de vouer sa vie à réparer des corps cassés. Jeune interne, il va chercher les blessés de la route avec un des tout premiers SAMU. En 2000, il crée à l’hôpital Georges-Pompidou un grand service d’anesthésie-réanimation pour les polytraumatisés. Et en 2011, il médicalise la BRI.
Homme libre aux convictions fortes et aux propos déterminés, Denis Safran partage aujourd’hui sa vie entre sa péniche, le 36 quai des Orfèvres d’où partent les missions de la BRI, la place Beauvau et l’île de la Cité, où il conseille le ministre de l’Intérieur et le préfet de police sur les questions de santé.
Médecin de combat, ce farouche républicain est au cœur du dispositif antiterroriste. Son expertise, sa bravoure et sa vision offrent un éclairage unique sur les dangers auxquels nous faisons face.

Ce que j’en ai pensé

Eh bien moi qui étais enthousiaste de lire une analyse de l’intervention des secours en cette soirée fatidique du 13 novembre 2015, je me suis complètement fourvoyée !
Ni une biographie ni un essai, c’est un récit d’anecdotes issues de la vie de Denis Safran. Médecin de son état. Et retraité des hôpitaux publics : c’est important de le mentionner  car on répète toutes les 20 pages qu’il a été mis à la retraite le 31 août 2011 à 23h59. En fait, je ne suis plus sûre de l’année (était-ce 2009 ?) mais de l’exactitude du jour et de l’heure, j’y mets ma main au feu. Le 1 septembre, Denis Safran prend son poste de médecin à la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) attachée à la police judiciaire (36 Quai des Orfèvres, j’y vois le Commissaire Maigret). Et le combat commence. Ben, en fait, non. Le médecin céleb’ nous donne certaines explications sur le rôle d’un soignant dans une unité d’élite. C’est l’aspect intéressant du livre. Cela le serait encore plus et nettement moins agaçant si le doc’ se réfrénait de juger tout et n’importe quoi au travers d’un prisme unique : le sien. Tout y passe : la débâcle de l’hôpital public (bon, je partage son point de vue que c’est devenu un fiasco mais de là à mettre tous les médecins libéraux dans le même sac, c’est quand même avoir une attitude plus que sectaire) ; la mort suspecte (selon lui) du Shah d’Iran et comment lui – tout seul, oui tout seul – a tenté de le sauver (ben, voyons) ; la partialité de la presse dans son ensemble quand il s’agit de condamner les bavures policières (non, la presse a aussi condamné les attaques crapuleuses commises sur des flics, ne mettez pas tous les journalistes dans le même sac non plus ! Il semble qu’il oublie aussi que la population a encensé la police suite à leurs interventions en janvier 2015 mais de ça, aucune ligne) ; l’ode à ses mentors, Huguenard et Even, et qu’il serait presque normal d’être colérique parce qu’on est un grand médecin (Baptiste Beaulieu, si vous me lisez) ; et, puis, comme c’est une grande gueule, ça a été dur (lisez, ça a pris du temps) d’accéder aux plus hautes fonctions – Chef de service anesthésie-réanimation à Pompidou et professeur à la fac de médecine de l’Université Paris-V, c’est pas assez haut ou quoi ? Ou faut-il y être déjà au berceau ?
Bref, vous l’avez compris : c’est du moi, moi, moi et moi seul ai raison et les autres qui ne pensent pas comme moi, ce sont des 1) cons 2) incapables 3) gens qui n’y comprennent rien (biffez la mention inutile).
Ca, c’est pour la partie écrite de la plume de Safran.
Ensuite, il y a la partie écrite par Vincent Rémy (qui d’après une recherche Internet est rédacteur en chef de Telerama. “Scusez-moi”, mais comme je m’en tape de qui est qui alors je ne le savais pas. Tout comme je ne savais pas qui est Safran, mais depuis j’ai aussi tapé son nom sur la toile où j’ai pu constater qu’il avait déjà écrit un livre sur lui-même Un toubib dans l’urgence où il revient sur la mort du Shah d’Iran) qui semble être fasciné par le docteur. Qui dit journaliste fasciné, dit journaliste pas impartial du tout, alors on fait quoi ? Eh bien, on passe. J’en ai absolument rien à faire du fait que Safran vive sur une péniche, qu’il a été nourri enfant à l’huître et l’escargot, mais enfin où est la ligne directrice de ce bouquin ???

Un seul élément du livre a grâce à mes yeux : la vie des parents de Denis Safran. Juifs, ils ont eu la chance de ne pas avoir été raflés les 16 et 17 juillet 1942. Ils se sont cachés dans Paris jusqu’à la libération. Comment se sont-ils pris ? Le père de Safran est encore en vie, il serait temps de recueillir son témoignage. On apprend aussi que la femme de Denis Safran a récolté ces informations auprès de sa belle-mère de son vivant. Qu’attend-on de lui demander si elle est d’accord de les mettre par écrit ? On découvre avec étonnement que leur fils, le doc en question, ne s’est jamais intéressé de connaître leur vie pendant l’Occupation. J’omettrais d’émettre mon jugement (de valeur) mais je n’en pense pas moins.

Si vous voulez savoir plus sur comment les secours ont pris en charge les victimes du Bataclan, lisez le livre de Matthieu Langlois, Médecin du Raid (Albin Michel). Sincèrement, je n’y crois pas à la version “en première ligne” des faits livrés dans Médecin de combat. Pourquoi? 1) Parce qu’il dit avoir été le premier médecin sur les lieux sans apporter aucune preuve de ce qu’il avance 2) Parce qu’il rejette les témoignages selon lesquelles un silence de mort régnait dans la fosse du Bataclan alors que tous ceux qui ont réchappé au massacre ont dit que tout le monde se taisait malgré la douleur intolérable des blessures par balles de peur d’attirer l’attention des terroristes 3) (ce dernier point n’est pas un fait, mais un ressenti très personnel donc très subjectif) Parce que 2 des 4 victimes tuées à l’Hyper Cacher le 9 janvier étaient aussi dans leur “extrême jeunesse” (ça m’a choquée de lire que le massacre du Bataclan l’a plus remué que la prise d’otage de l’Hyper Cacher parce que ce qui l’avait frappé était l’extrême jeunesse des victimes).

Revenons à la mort du Shah d’Iran un instant. Leucémique depuis des années, l’état général du Shah était catastrophique et n’en avait plus pour longtemps. Néanmoins sa famille a fait venir des équipes de médecin de France, des USA, du Panama, résultant dans   un melting pot médical où tous étaient sous pression de faire quelque chose et vite. D’où celle de performer une splénectomie (je vous passe tous les détails du pourquoi et comment). L’infection qui lui a été fatale serait due à un contact malencontreux des clamps opératoires avec le pancréas lors de la procédure de splénectomie. Le pancréas aurait commencé à “suinté” par cette brèche accidentelle jusqu’à former un abcès sous-phrénique. La raison -telle que martelée sur plusieurs pages dans le livre- n’est donc pas parce que le grand chirurgien cardiaque américain Michael DeBakey qui avait réalisé la splénectomie aurait – intentionnellement ou par incompétence – oublié de mettre des drains (par ailleurs, je vous invite à aller lire sur Internet qui était Michael DeBakey). Quand presque un chapitre entier est consacré au rêve du jeune interne Denis Safran de devenir chirurgien cardiaque et qu’un concours de circonstances (pas très clairement expliquées non plus) l’en empêche et le met sur la voie de l’anesthésie-réanimation, on peut se demander pourquoi il s’acharne à ce point à allouer la responsabilité de la mort du Shah au Dr. DeBakey. Moi, j’appelle ça de la malhonnêteté intellectuelle. D’autant plus que Michael DeBakey est décédé depuis 2008 et ne peut plus se défendre contre des allégations… non-fondées. Pour terminer avec cet épisode, je vous invite à lire un article scientifique de septembre 2016 qui revient sur les derniers mois du Shah d’Iran et passe en revue son dossier médical.

Ma note : 1/5.

Grasset
Parution: 11 janvier 2017

Je vous écris dans le noir – Jean-Luc Seigle

J'ai lu, janvier 2016, 255 pages. 1re parution: Flammarion, 01/2015.


Lu le 20/11/16 dans le cadre de l’Objectif PAL

41w5a46flklDe Jean-Luc Seigle, j’avais lu en juin sa pièce de théâtre “Excusez-moi pour la poussière” sur les dernières années de la vie de Dorothy Parker qui fut critique littéraire dans Vogue, Vanity Fair, The New Yorker… et scénariste de l’âge d’or d’Hollywood : le scénario d’Une étoile est née qui a porté Judy Garland au firmament, et bien, c’est Dotty. Connue pour son analyse caustique de la société urbaine de son temps et son humour mordant, Dorothy Parker était aussi une femme engagée : contre le nazisme d’abord – ce qui,  par la suite, lui valu d’être victime du maccarthysme car, au pays de Biff Tannen, avoir été un anti-nazi de première heure équivalait souvent d’être taxé de soviet – et pour les droits civiques des Noirs ensuite. Bref, une très belle réussite d’un texte de théâtre.

Flammarion, janvier 2016, 96 pages.

32756455C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme teintée toutefois d’une pointe d’appréhension que j’ai décidé de sortir de ma PAL “Je vous écris dans le noir” par le même auteur. Pourquoi appréhender sa lecture ? Parce que j’avais peur de sombrer dans un pathos déplacé. Il faut savoir que je ne connaissais rien de l’affaire Pauline Dubuisson. Je n’en avais jamais entendu parler ni, par ailleurs, du film La vérité prétendument basé sur sa vie. À mi-chemin entre biographie factuelle et roman, la vie de Pauline Dubuisson a tous les ingrédients pour en faire un mélodrame. Pourtant, jamais l’auteur ne joue de cette ficelle facile. Certes, il présente son livre comme un roman biographique, mais c’est pour amener sur le chemin de la réflexion sur un sujet ô combien d’actualité que l’on n’aurait peut-être pas eu envie d’aborder si son livre avait été un essai factuel : la discrimination à l’encontre des femmes. Oui, encore et toujours. Sans dévoiler quoi que ce soit du roman, je suis allée de surprise en surprise –  mon coeur se serrant à chaque fois mais interpelant sans cesse ma raison -, l’auteur nous pose cette question cruciale, jamais formulée de façon explicite mais sous-entendue à chaque page : et si Pauline s’appelait Paul Dubuisson, aurait-elle vécu le même destin ?

Ma note : 4,5/5

Petit pays – Gaël Faye

Description par l’éditeur

petit-paysEn 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Ce que j’en ai pensé

Il ne faut plus vous présenter Petit Pays, premier roman du chanteur et musicien Gaël Faye, listé dans la dernière sélection du Prix Goncourt 2016, qui a obtenu le Prix du Roman FNAC et le Goncourt des Lycéens 2016. Bref, le roman s’est fait parlé de lui en long et en large, ma chronique n’est qu’un modeste son de cloche se joignant au grand carillonnement d’éloges qui ont arrosé Petit Pays.

Ayant passé une partie de mon enfance dans le Sud-Kivu, j’ai été ravie par l’évocation de l’enfance du personnage principal, Gaby, dont on comprend qu’elle est grandement autobiographique. J’ai aussi reconnu le sentiment d’angoisse latent que l’on éprouve en permanence : que tout peut basculer du jour au lendemain.
J’ai dévoré les 3/4 du livre mais le récit m’a perdue pour le dernier quart du chemin. La véracité de la plume n’y était plus, celle-ci ayant laissé place à un artifice romanesque aussi visible comme le nez au milieu du visage (pour ceux qui ont lu le livre, c’est le passage où le zippo réapparaît). De plus, ayant lu Un dimanche à la piscine à Kigali par Gil Courtemanche quelques mois auparavant, j’ai eu quelques impressions de déjà-vu sur la fin.

Malgré ces réserves, c’est un premier roman très réussi par un jeune auteur sensible et d’une grande humanité.

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Grasset
Parution : 24/08/2016
224 pages
EAN : 9782246857334
Prix :  18.00 €

Mon frère est parti ce matin… – Marcus Malte

…et nul ne sait où il est allé

Collection Folio, Gallimard, janvier 2012, 96 pages.

Lu le 17/11/16 dans le cadre de l’Objectif PAL

product_9782070444731_195x320Chènevières, Saône-et-Loire. 1er septembre 1972. Charles B., cinquante et un ans, amateur de faits divers, décide de se retirer du monde et de s’enfermer chez lui. Il a organisé son ravitaillement quotidien – nourriture et journal local – avec son voisin. Il calfeutre les fenêtres de sa maison, verrouille les portes et est bien décidé à ne plus mettre le nez dehors jusqu’à sa mort. Pourquoi cet homme discret a-t-il agi ainsi? Tout le village s’interroge. Faut-il intervenir? (Description 4e de couv’.)

Va-t-on savoir pourquoi Charles B. s’est enfermé chez lui pour ne plus jamais remettre le pied dehors ? C’est la question que l’on se pose pendant tout le roman (bon, il est court, donc on ne se la pose pas pendant des jours, fort heureusement). Entre-temps, on assiste au curieux manège quotidien de Charles B. qui consiste à découper dans le journal local journalier le plus insolite des faits divers du jour et d’épingler la coupure de presse sur le mur fort mal éclairé de son salon. Simultanément, on se joint aux interrogations du la population du village où Charles B. habite et on aimerait bien savoir nous (moi) aussi. Quelques années passent, puis, sans crier gare, une vedette de la petite lucarne s’empare de cet étrange sujet déclenchant un cirque médiatique que l’on ne pourra plus stopper. Et tout ça bien avant que les réseaux sociaux ou encore les chaînes d’information continue existent, c’est dire.
Je ne peux en dire plus sans révéler toute l’histoire mais je peux affirmer que je me suis bien fait avoir. L’arroseur arrosé, bravo l’auteur 😉

Ma note : 3,5/5

Le garçon – Marcus Malte

Description par l’éditeur

legarconbando-l-572140Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.


Ce que j’en ai pensé

J’ai lu ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2016 (#MRL16) sous l’égide de PriceMinister (Rakuten Group), livre sélectionné par Moka du blog d’Au milieu des livres. Je les remercie vivement donc ainsi que Zulma Éditions pour la copie papier de ce bijou de la littérature française contemporaine. Car, effectivement, il s’agit d’une pépite, d’un joyau, d’une gemme… bref, de la perle rare de cette rentrée que les critiques littéraires tous azimuts à l’exception de quelques esprits éclairés semblent avoir oubliée de lire avant que ce livre atypique ne décroche fin octobre le prestigieux Prix Femina 2016. Depuis fleurissent partout sur le Web des avis dithyrambiques à la surface desquels on sent effleurer la consternation éprouvée par leurs auteurs de n’avoir pas su prêter attention au garçon plus tôt.

Car, ce garçon, on ne peut le voir si on ne le découvre pas. C’est un Vendredi des temps modernes, d’un monde en ébullition dont il n’a pas conscience ayant pour seule compagne la voûte céleste immense, perdu dans les limbes de la Provence.
Ce garçon, on ne connaît ni son âge ni son apparence, on ne sait que de lui qu’il porte sur son dos sa mère mourante, laquelle… meurt finalement. Cet être était son seul univers humain, car, des hommes, il n’en connaît pas ; à l’exception de ce colporteur qui s’était perdu aux confins de leur cabane et dont il avait humé les effluves laissées par son passage, longtemps après qu’il eût quitté les lieux.

Au décès de sa mère, le garçon quitte son nid et part à l’exploration de la vie. De sa vie. On ne saura rien de ce qu’il ressent car le garçon ne parle pas. Il connaît le son de la voix humaine, des flots sonores qui sortaient des tréfonds du corps de sa mère chaque soir quand la nuit fût noire et totale, mais du sens des paroles, il ne sait rien.
Malgré ce défaut de langage à cause duquel le garçon ne dit jamais rien, Marcus Malte réussit à nous impliquer dans la quête d’apprentissage du garçon. À nous émouvoir surtout de ce que le garçon découvre, de ce qu’il est, de ce qu’il devient. L’auteur tisse au fil des pages un roman initiatique inédit en racontant trente années – de 1908 à 1938 – dans l’existence de ce garçon sur la découverte de sa propre vie – et donc du monde -, à travers de tout ce qui lui donne du sens malgré l’absence de parole :  la beauté, le rire, l’amour, la chaleur humaine, le plaisir charnel, la littérature, la musique… mais aussi en exhumant l’absurdité de la Vie en la cruauté cachée en toute chose, la violence inattendue et inexpliquée, la folie meurtrière incontrôlable, l’implacable marche du monde vers l’annihilation insensée, l’avilissement inévitable de la condition humaine.

Un matin il suit le cours d’un ruisseau et bientôt le ruisseau devient rivière et le garçon emprunte son lit et à midi il s’engouffre avec elle dans une brèche pratiquée au milieu d’un gigantesque massif rocheux. Marchant sur des galets laminés par un courant vieux de cent mille millénaires. L’eau est claire et glacée, elle lui monte aux chevilles, aux mollets, à la poitrine quelquefois quand les parois du canyon se resserrent, et alors le garçon en a le souffle coupé et il continue d’avancer la bouche grande ouverte en portant sa sacoche au-dessus du crâne pour la garder au sec. S’il lève les yeux à cet instant il n’aperçoit qu’une lézarde bleue au plafond : c’est là toute la dimension du ciel, la part octroyée par l’ombre à la lumière.

Sur le plan de l’écriture, il y a longtemps, bien longtemps, que la littérature française contemporaine ne nous a pas doté d’un roman de cette facture-là. Celle où le style prévaut sur l’intrigue, celle où le style est tout.
J’ose l’affirmer : le style de Malte est le digne héritier incontestable du style flaubertien auquel on pourrait accommoder une touche proustienne pour l’évocation de réminiscences immémoriales longtemps oubliées.
Albert Thibaudet, un des critiques littéraires les plus influents entre les deux guerres, qui aimait les livres mais plus encore les écrivains, écrivait sur Flaubert qu'”en matière de style, il ne croit pas à des dieux, mais à un dieu. (..) Il n’existe pour chaque idée, pour chaque vision, qu’une façon parfaitement juste de l’exprimer et il faut chercher jusqu’à ce qu’on l’ait trouvée. Alors cette idée et cette vision deviennent quelque chose de définitif et d’éternel, comme l’âme individuelle en union avec Dieu”.

Cette description sied à l’éblouissement qui émane de votre écriture, Monsieur Malte.
Sans l’ombre d’un doute, le grand Flaubert y aurait consenti.

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Zulma Éditions
EAN: 978-2-84304-760-2
Parution: 18/08/2016
544 page

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Devenir Christian Dior – François-Olivier Rousseau

Description par l’éditeur

31930120Voyage dans l’avant-garde artistique des Années folles et dans l’univers effervescent de la mode, cette biographie romancée fait revivre le destin mouvementé d’un créateur d’exception.
Paris, années 1920 : un jeune homme cherche sa voie. Il passe ses soirées au Boeuf sur le toit en compagnie d’artistes déjà célèbres qui tous le reconnaissent comme l’un des leurs. Et pourtant Christian Dior ne sait pas encore comment exprimer son talent. C’est en crayonnant des modèles de chapeaux et en dessinant des robes pour des rubriques de mode qu’il découvre enfin sa vocation. Mais la guerre coupe court à ses ambitions. Démobilisé, Christian Dior rentre à Paris et seconde Lucien Lelong qui se bat contre l’occupant pour garder en France l’industrie de la couture. En 1947, il présente sa première collection : le New Look. Le succès est foudroyant et planétaire. La maison Dior devient l’incarnation du chic français, et son créateur un mythe instantané.

Ce que j’en ai pensé

Avant de commencer ce livre, je me faisais de Christian Dior une autre idée du personnage: grand, flamboyant, arrogant. En fin de compte, j’ai découvert que c’était un homme  timide, réservé, peu sûr de lui dans sa jeunesse, inconscient du talent qu’il possédait jusqu’à ce qu’il le découvrît par hasard ; très superstitieux, pas très grand mais toujours créatif et, ce, même s’il n’en était pas conscient au départ. En “grandissant”, il est devenu progressivement sûr de lui pour enfin devenir le Christian Dior de mon imagination.

C’est une biographie qui se lit aisément, truffée d’anecdotes historiques, où l’auteur a réussi à faire passer l’ambiance caractéristique allant des années de l’entre deux-guerres aux années cinquante.
Par contre, l’émotion n’était pas au rendez-vous : je trouve que le livre survole les événements sans creuser un peu leur surface ; on ne rentre jamais ou très peu dans l’intimité spirituelle de Christian – même si une part belle est faite à ses nombreuses amitiés – si bien qu’après avoir refermé le livre, j’ai encore plus envie de connaître qui était la personne derrière l’immense génie Dior.

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Allary Éditions
EAN: 9782370730985
Parution: 15 septembre 2016
300 pages

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Chanson douce – Leïla Slimani

Description par l’éditeur

product_9782070196678_195x320Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. À travers la description du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture.


Ce que j’en ai pensé

Le bouche-à-oreille a fonctionné à plein régime. Laudatif.  En commençant ce livre en vol plané, j’en attendais tellement que l’atterrissage ressemblât à un plat en piscine.

Le premier chapitre donne le ton : Paris, il y a eut un carnage dans l’appartement des Massé au cinquième étage. Un bébé est mort (enfin, il a près de deux ans ce bébé) et sa grande soeur à peine âgée de quatre ans  est en train d’agoniser.
Et, oh surprise, l’assassin n’est pas une mère infanticide mais la nounou de la famille.
Chapitre deux : on retourne dans le passé et commence à retracer l’histoire de ce dramatique fait divers fictif. Comment est-on arrivé à ce massacre ? Là, on fait la connaissance du couple formé par Myriam et Paul et on plante le décor de tout ce qu’il y a de plus “bobo-parigot” tapant en plein dans la caricature :

  • elle -> Myriam a brillamment réussi des études de droit et est devenu avocate. Une belle revanche sur la vie car, étant née en France d’origine maghrébine, ce n’était pas gagné d’avance. Mais… elle ne travaille pas pour se consacrer totalement à ses enfants ;
  • lui -> Paul est un Français 100% de cru normand* et il est… artiste. Musicien et assistant son, il incarne le pur produit franchouillard baba-cool aux jeans délavés et cheveux en broussaille. Le type de garçon sexy avec ce zeste de nonchalance qui en fait un échalas adulescent ayant du mal à se débarrasser de son syndrome de Peter Pan.

La trame de l’histoire :  elle ne travaille pas, lui travaille mais c’est pas Byzance. Ils ont un enfant, une petite fille “difficile” qui tète mal, mais Myriam aime pouponner donc ils ont un deuxième enfant, un petit garçon facile, mais la maman est crevée, elle en a assez de passer ses journées qu’à pouponner alors elle retourne travailler (comme par hasard elle rencontre dans le jardin d’enfants un de ses anciens camarades de fac qui comme par hasard a fondé sa boîte juridique et qui comme par hasard il l’engage presque sur le champ) et elle se consacre corps et âme à son nouveau boulot. Paul décroche entretemps de juteux contrats d’enregistrement en studio pour des musiciens plus ou moins célèbres et, clap 1re, la belle vie commence grâce à l’aisance pécuniaire entrante MAIS que faire des enfants ? Il n’y a pas de place dans les crèches du coin (ils ne se sont pas démenés pour trouver une place non plus). Ni une ni deux : on cherche une nounou. On fait quelques entretiens avec des garde-enfants plus clichées les unes que les autres et on trouve la perle rare qui se matérialise en Louise, la quarantaine avancée, blonde, mince, col Claudine et collier de perles justement.
Et, clap 2e, le conte de fées commence car Louise, c’est Mary Poppins : elle fait tout, tout, tout dans la maison (et les deux c*****s de parents la laissent faire) mais on sait que ça va tourner au vinaigre, donc on attend la description de la descente aux enfers, laquelle… ne vient pas. Ah bon? Ben, non.
Louise, en fait, je l’aime bien, cette Louise avant qu’elle ne commette l’irréparable, car Louise est le seul personnage qui m’ait fait de la peine. Elle n’a vraiment pas eu de bol dans la vie, cette Louise, et, comme Mary Poppins, on ne sait pas d’où elle vient. On sait seulement que, sous ses airs angelots, c’est une Nanny McPhee qui se cache mais ses employeurs n’y voient que du feu puisqu’elle leur facilite tellement la vie, cette merveilleuse Louise.
On sait que Louise a déjà sombré dans la folie enfin, non, ça, ce n’est pas clair non plus. Louise, est-elle déjà folle ou le devient-elle ? Cependant, même si Louise m’a fait pitié, je n’ai pas compris la construction psychologique mise en place pour ce personnage car, malgré les efforts de l’écrivain, Louise ne m’a jamais paru menaçante.
Toutefois, oui, l’histoire est rondement menée ; oui, les phrases sont jolies et finement écrites. Néanmoins, oui aussi, les personnages sont plats – ceux des enfants y compris -, sans profondeur aucune sauf celui de Louise, toute menue soit-elle, qui recèle un tout petit peu d’épaisseur.
De toute façon, au final, cela ne change rien puisque Louise prend le visage de la sorcière dans Hansel et Gretel et je n’ai toujours pas compris comment et pourquoi.

*ou champinois ou lorrain? Je ne me souviens plus exactement de quelle région Paul est originaire. Camembert !

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Gallimard
EAN: 9782070196678
Date parution: 18/08/2016
240 pages