Le garçon – Marcus Malte

Description par l’éditeur

legarconbando-l-572140Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin – d’instinct.
Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d’un hameau perdu, Brabek l’ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l’amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois sœur, amante, mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l’immense roman de l’épreuve du monde.


Ce que j’en ai pensé

J’ai lu ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2016 (#MRL16) sous l’égide de PriceMinister (Rakuten Group), livre sélectionné par Moka du blog d’Au milieu des livres. Je les remercie vivement donc ainsi que Zulma Éditions pour la copie papier de ce bijou de la littérature française contemporaine. Car, effectivement, il s’agit d’une pépite, d’un joyau, d’une gemme… bref, de la perle rare de cette rentrée que les critiques littéraires tous azimuts à l’exception de quelques esprits éclairés semblent avoir oubliée de lire avant que ce livre atypique ne décroche fin octobre le prestigieux Prix Femina 2016. Depuis fleurissent partout sur le Web des avis dithyrambiques à la surface desquels on sent effleurer la consternation éprouvée par leurs auteurs de n’avoir pas su prêter attention au garçon plus tôt.

Car, ce garçon, on ne peut le voir si on ne le découvre pas. C’est un Vendredi des temps modernes, d’un monde en ébullition dont il n’a pas conscience ayant pour seule compagne la voûte céleste immense, perdu dans les limbes de la Provence.
Ce garçon, on ne connaît ni son âge ni son apparence, on ne sait que de lui qu’il porte sur son dos sa mère mourante, laquelle… meurt finalement. Cet être était son seul univers humain, car, des hommes, il n’en connaît pas ; à l’exception de ce colporteur qui s’était perdu aux confins de leur cabane et dont il avait humé les effluves laissées par son passage, longtemps après qu’il eût quitté les lieux.

Au décès de sa mère, le garçon quitte son nid et part à l’exploration de la vie. De sa vie. On ne saura rien de ce qu’il ressent car le garçon ne parle pas. Il connaît le son de la voix humaine, des flots sonores qui sortaient des tréfonds du corps de sa mère chaque soir quand la nuit fût noire et totale, mais du sens des paroles, il ne sait rien.
Malgré ce défaut de langage à cause duquel le garçon ne dit jamais rien, Marcus Malte réussit à nous impliquer dans la quête d’apprentissage du garçon. À nous émouvoir surtout de ce que le garçon découvre, de ce qu’il est, de ce qu’il devient. L’auteur tisse au fil des pages un roman initiatique inédit en racontant trente années – de 1908 à 1938 – dans l’existence de ce garçon sur la découverte de sa propre vie – et donc du monde -, à travers de tout ce qui lui donne du sens malgré l’absence de parole :  la beauté, le rire, l’amour, la chaleur humaine, le plaisir charnel, la littérature, la musique… mais aussi en exhumant l’absurdité de la Vie en la cruauté cachée en toute chose, la violence inattendue et inexpliquée, la folie meurtrière incontrôlable, l’implacable marche du monde vers l’annihilation insensée, l’avilissement inévitable de la condition humaine.

Un matin il suit le cours d’un ruisseau et bientôt le ruisseau devient rivière et le garçon emprunte son lit et à midi il s’engouffre avec elle dans une brèche pratiquée au milieu d’un gigantesque massif rocheux. Marchant sur des galets laminés par un courant vieux de cent mille millénaires. L’eau est claire et glacée, elle lui monte aux chevilles, aux mollets, à la poitrine quelquefois quand les parois du canyon se resserrent, et alors le garçon en a le souffle coupé et il continue d’avancer la bouche grande ouverte en portant sa sacoche au-dessus du crâne pour la garder au sec. S’il lève les yeux à cet instant il n’aperçoit qu’une lézarde bleue au plafond : c’est là toute la dimension du ciel, la part octroyée par l’ombre à la lumière.

Sur le plan de l’écriture, il y a longtemps, bien longtemps, que la littérature française contemporaine ne nous a pas doté d’un roman de cette facture-là. Celle où le style prévaut sur l’intrigue, celle où le style est tout.
J’ose l’affirmer : le style de Malte est le digne héritier incontestable du style flaubertien auquel on pourrait accommoder une touche proustienne pour l’évocation de réminiscences immémoriales longtemps oubliées.
Albert Thibaudet, un des critiques littéraires les plus influents entre les deux guerres, qui aimait les livres mais plus encore les écrivains, écrivait sur Flaubert qu'”en matière de style, il ne croit pas à des dieux, mais à un dieu. (..) Il n’existe pour chaque idée, pour chaque vision, qu’une façon parfaitement juste de l’exprimer et il faut chercher jusqu’à ce qu’on l’ait trouvée. Alors cette idée et cette vision deviennent quelque chose de définitif et d’éternel, comme l’âme individuelle en union avec Dieu”.

Cette description sied à l’éblouissement qui émane de votre écriture, Monsieur Malte.
Sans l’ombre d’un doute, le grand Flaubert y aurait consenti.

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Zulma Éditions
EAN: 978-2-84304-760-2
Parution: 18/08/2016
544 page

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Devenir Christian Dior – François-Olivier Rousseau

Description par l’éditeur

31930120Voyage dans l’avant-garde artistique des Années folles et dans l’univers effervescent de la mode, cette biographie romancée fait revivre le destin mouvementé d’un créateur d’exception.
Paris, années 1920 : un jeune homme cherche sa voie. Il passe ses soirées au Boeuf sur le toit en compagnie d’artistes déjà célèbres qui tous le reconnaissent comme l’un des leurs. Et pourtant Christian Dior ne sait pas encore comment exprimer son talent. C’est en crayonnant des modèles de chapeaux et en dessinant des robes pour des rubriques de mode qu’il découvre enfin sa vocation. Mais la guerre coupe court à ses ambitions. Démobilisé, Christian Dior rentre à Paris et seconde Lucien Lelong qui se bat contre l’occupant pour garder en France l’industrie de la couture. En 1947, il présente sa première collection : le New Look. Le succès est foudroyant et planétaire. La maison Dior devient l’incarnation du chic français, et son créateur un mythe instantané.

Ce que j’en ai pensé

Avant de commencer ce livre, je me faisais de Christian Dior une autre idée du personnage: grand, flamboyant, arrogant. En fin de compte, j’ai découvert que c’était un homme  timide, réservé, peu sûr de lui dans sa jeunesse, inconscient du talent qu’il possédait jusqu’à ce qu’il le découvrît par hasard ; très superstitieux, pas très grand mais toujours créatif et, ce, même s’il n’en était pas conscient au départ. En “grandissant”, il est devenu progressivement sûr de lui pour enfin devenir le Christian Dior de mon imagination.

C’est une biographie qui se lit aisément, truffée d’anecdotes historiques, où l’auteur a réussi à faire passer l’ambiance caractéristique allant des années de l’entre deux-guerres aux années cinquante.
Par contre, l’émotion n’était pas au rendez-vous : je trouve que le livre survole les événements sans creuser un peu leur surface ; on ne rentre jamais ou très peu dans l’intimité spirituelle de Christian – même si une part belle est faite à ses nombreuses amitiés – si bien qu’après avoir refermé le livre, j’ai encore plus envie de connaître qui était la personne derrière l’immense génie Dior.

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Allary Éditions
EAN: 9782370730985
Parution: 15 septembre 2016
300 pages

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Chanson douce – Leïla Slimani

Description par l’éditeur

product_9782070196678_195x320Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. À travers la description du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture.


Ce que j’en ai pensé

Le bouche-à-oreille a fonctionné à plein régime. Laudatif.  En commençant ce livre en vol plané, j’en attendais tellement que l’atterrissage ressemblât à un plat en piscine.

Le premier chapitre donne le ton : Paris, il y a eut un carnage dans l’appartement des Massé au cinquième étage. Un bébé est mort (enfin, il a près de deux ans ce bébé) et sa grande soeur à peine âgée de quatre ans  est en train d’agoniser.
Et, oh surprise, l’assassin n’est pas une mère infanticide mais la nounou de la famille.
Chapitre deux : on retourne dans le passé et commence à retracer l’histoire de ce dramatique fait divers fictif. Comment est-on arrivé à ce massacre ? Là, on fait la connaissance du couple formé par Myriam et Paul et on plante le décor de tout ce qu’il y a de plus “bobo-parigot” tapant en plein dans la caricature :

  • elle -> Myriam a brillamment réussi des études de droit et est devenu avocate. Une belle revanche sur la vie car, étant née en France d’origine maghrébine, ce n’était pas gagné d’avance. Mais… elle ne travaille pas pour se consacrer totalement à ses enfants ;
  • lui -> Paul est un Français 100% de cru normand* et il est… artiste. Musicien et assistant son, il incarne le pur produit franchouillard baba-cool aux jeans délavés et cheveux en broussaille. Le type de garçon sexy avec ce zeste de nonchalance qui en fait un échalas adulescent ayant du mal à se débarrasser de son syndrome de Peter Pan.

La trame de l’histoire :  elle ne travaille pas, lui travaille mais c’est pas Byzance. Ils ont un enfant, une petite fille “difficile” qui tète mal, mais Myriam aime pouponner donc ils ont un deuxième enfant, un petit garçon facile, mais la maman est crevée, elle en a assez de passer ses journées qu’à pouponner alors elle retourne travailler (comme par hasard elle rencontre dans le jardin d’enfants un de ses anciens camarades de fac qui comme par hasard a fondé sa boîte juridique et qui comme par hasard il l’engage presque sur le champ) et elle se consacre corps et âme à son nouveau boulot. Paul décroche entretemps de juteux contrats d’enregistrement en studio pour des musiciens plus ou moins célèbres et, clap 1re, la belle vie commence grâce à l’aisance pécuniaire entrante MAIS que faire des enfants ? Il n’y a pas de place dans les crèches du coin (ils ne se sont pas démenés pour trouver une place non plus). Ni une ni deux : on cherche une nounou. On fait quelques entretiens avec des garde-enfants plus clichées les unes que les autres et on trouve la perle rare qui se matérialise en Louise, la quarantaine avancée, blonde, mince, col Claudine et collier de perles justement.
Et, clap 2e, le conte de fées commence car Louise, c’est Mary Poppins : elle fait tout, tout, tout dans la maison (et les deux c*****s de parents la laissent faire) mais on sait que ça va tourner au vinaigre, donc on attend la description de la descente aux enfers, laquelle… ne vient pas. Ah bon? Ben, non.
Louise, en fait, je l’aime bien, cette Louise avant qu’elle ne commette l’irréparable, car Louise est le seul personnage qui m’ait fait de la peine. Elle n’a vraiment pas eu de bol dans la vie, cette Louise, et, comme Mary Poppins, on ne sait pas d’où elle vient. On sait seulement que, sous ses airs angelots, c’est une Nanny McPhee qui se cache mais ses employeurs n’y voient que du feu puisqu’elle leur facilite tellement la vie, cette merveilleuse Louise.
On sait que Louise a déjà sombré dans la folie enfin, non, ça, ce n’est pas clair non plus. Louise, est-elle déjà folle ou le devient-elle ? Cependant, même si Louise m’a fait pitié, je n’ai pas compris la construction psychologique mise en place pour ce personnage car, malgré les efforts de l’écrivain, Louise ne m’a jamais paru menaçante.
Toutefois, oui, l’histoire est rondement menée ; oui, les phrases sont jolies et finement écrites. Néanmoins, oui aussi, les personnages sont plats – ceux des enfants y compris -, sans profondeur aucune sauf celui de Louise, toute menue soit-elle, qui recèle un tout petit peu d’épaisseur.
De toute façon, au final, cela ne change rien puisque Louise prend le visage de la sorcière dans Hansel et Gretel et je n’ai toujours pas compris comment et pourquoi.

*ou champinois ou lorrain? Je ne me souviens plus exactement de quelle région Paul est originaire. Camembert !

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Gallimard
EAN: 9782070196678
Date parution: 18/08/2016
240 pages

Les forêts profondes – Adrien Absolu

Description par l’auteur

9782709658652-001-x_0« Fin décembre 2013, un garçonnet du bout du monde décède de symptômes qu’on associe trop vite à une dysenterie. Tout le monde ignore que, dans un coin de forêt reculé de la Guinée, le virus Ebola vient de prendre sa première victime en Afrique de l’Ouest. C’est là que mon récit démarre : dans le village de Meliandou. Douze mois plus tard, le virus Ebola a touché à la postérité : celle qui s’offre aux grandes calamités, qui, par l’émotion qu’elles suscitent, marquent l’opinion toujours et parfois une époque. Entre temps, l’épidémie Ebola a fait 10 000 morts. Pendant les douze mois de l’année 2014, le temps a été comme suspendu en Guinée, dans une sorte d’état d’urgence sanitaire, où ce sont les humanitaires (MSF, OMS) et les laboratoires de biosécurité qui ont dit ce qu’était la Loi. Pour limiter les infections, on a donc cessé de se serrer la main pour se saluer, d’acheter sur les étals marchands de la viande de brousse boucanée, et même d’aller à l’école. On a pourtant continué à vivre. Et bientôt les légendes de la forêt sacrée et les rites des ancêtres sont venus concurrencer les grands axiomes de la santé publique, dans un inévitable choc des cultures. Ce récit, écrit entre Paris et Conakry, relate ce qui s’est réellement passé en Guinée en 2014. Et qu’on n’a jamais lu. »

Ce que j’en ai pensé

L’auteur de ce livre est ce qu’on appelle un « humanitaire ». Il fait partie de ces hommes et femmes qui partent dans des contrées hostiles pour porter de l’aide. Ca, c’est pour la description plus que succincte et forcément réductrice. La version plus longue nous apprend qu’Adrien Absolu est chef de projets Santé et Protection sociale à l’Agence française pour le développement (AFD). Depuis son bureau à Paris principalement et sur le terrain également, il veille sur la qualité de la mise en œuvre des projets de développement, financés par la France, dans divers pays du tiers-monde dont la Guinée. Ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest tient une place particulière dans le portfolio des projets sous sa gestion dont notamment en 2012 un projet de renforcement de l’offre de soins. « L’AFD mettait 10 millions €, l’UE 20 millions, soit le budget annuel du ministère de la Santé guinéen. L’idée était de concentrer les efforts sur une région : la Guinée forestière, très enclavée, très éloignée de la capitale, soumises à de fortes tensions depuis plusieurs années, du fait de sa situation frontalière avec le Liberia, la Côte d’Ivoire et la Sierre Leone, ravagés par des guerres civiles. La région a accueilli beaucoup de migrants, de réfugiés, des milices. Les indicateurs de santé sont parmi les plus mauvais du monde.[1] »

C’est précisément dans cette Guinée forestière, region reculée où l’offre médicale est une des plus réduites du continent qu’éclate l’épidémie d’Ebola en décembre 2013. Ce qui rend tout plus difficile. La prise de conscience d’abord de la survenue de décès rapides et, ensuite, de la propagation exponentielle du virus d’Ebola qui ne se limite plus à rester circonscrit à un territoire donné, s’éteignant d’habitude comme un allumette consumée. Ce n’est que quand des cas se déclarent au Sierra Leone voisin qu’on se rend compte que cette fois-ci le virus ne se comporte pas comme il le fait d’ordinaire. C’est alors le branle-bas de combat de l’urgence sanitaire, Il faut éradiquer cette épidémie d’Ebola anarchique au plus vite. L’avenir de l’humanité est en jeu. On a déjà quatre mois de retard.

Entrent sur scène tous les grands pontes de la santé publique internationale et de l’humanitaire : l’OMS, MSF, etc. La politique est agressive. On débarque en combinaison stérile et étanche dans des villages frappés par Ebola, enfouis au cœur de la forêt guinéenne, dont les noms ne figurent même pas dans mon atlas de salon, et on prend le taureau par les cornes : cadavres emballés dans des sacs noirs étanches et jetés dans une fosse commune où ils sont brûlés ; évacuation manu militari des malades, posés sans ménagement sur des civières branlantes où ils sont emballés comme des bonbons afin d’éviter toute autre contamination. Dans les deux cas, le logement et les affaires du malade/mort sont détruites par le feu et ses proches et contacts placés en quarantaine dans des campements inexistants la veille.
Or, vu sa létalité, faut pas badiner avec Ebola, me diriez-vous. Oui, mais, cette prise en charge agressive peut être acceptée dans nos pays où la chose scientifique est établie et les mesures d’hygiène comprises. Mais, au fin fond de la Guinée, la population comprend-elle ce qui lui arrive ? Bien qu’on ne se l’explique pas, la maladie portée par Ebola peut être vue comme une calamité divine alors que les mesures sanitaires d’urgence sont plutôt interprétées comme des tentatives d’invasion belliqueuse.

C’est ce que le récit point toute au long de cette triste épopée : le fossé d’incompréhension entre notre monde aseptisé, scientifique, hygiéniste, à l’eau potable coulant au détour d’un robinet et à la lumière au bout d’un interrupteur et, ce monde-là, celui des « villages de Guinée, (..), [qui] ont conservé l’aura du temps suspendu et maintenu le respect des rites et des ancêtres qui s’accommodent à merveille d’une vie tournant au ralenti, sans l’électricité, sans le bitume, où les fêtes valent le détour, celles de la récolte d’octobre, où l’on sert aux moissonneurs un festin de riz, de poulet et de viande boucanée, avec le même sentiment du devoir accompli qui parcourait les soirs de fauche les grandes tablées du Gâtinais, où l’âme replète, on trempait son pain dans des assiettes de vin, ou de lait pour les enfants. Bref, une vie paysanne, sage, immuable, répétitive et satisfaisante pour qui a son lopin et aime ses habitudes. »
Sans compter les rivalités internes entre les organismes humanitaires et institutions internationales sous la gouverne des pays occidentaux (qui aura le meilleur vaccin le plus vite ? Hein, qui ?).
Or, la volonté d’éliminer Ebola au plus vite n’a pas supprimé l’émergence des maladies habituelles. Ce n’est pas parce qu’Ebola a débarqué que le paludisme, le diabète, ou même la grippe sont partis en vacances, bien au contraire. On oublie de soigner tout ça et on meurt inutilement d’une affection traitable par faute de soins. Une ineptie humanitaire que ce livre met aussi en lumière.

Ayant récolté entre 3000 et 4000 documents sur l’épidémie Ebola de 2014, Adrien Absolu nous en fait son récit précis et argumenté et livre ainsi sa vision du combat de son éradication.
On a failli perdre la bataille.
La prochaine fois qu’Ebola ressurgira (ne nous leurrons pas, cela se reproduira), espérons que tous les grands pontes de l’aide sanitaire internationale (lisez : les autorités gouvernantes) auront lu le livre d’Adrien Absolu.

Ci-dessous, un extrait du livre résumant un peu l’esprit de ma chronique :

Ce jour-là paraît dans Le Monde, rubrique « Idées », l’opinion la plus stupéfiante qu’il m’ait été donné de lire de toute l’épidémie, sur les trois ou quatre mille documents que j’ai pu avoir entre les mains. Elle est signée d’un économiste, du moins se présentant comme tel, Louis Marsan-Masnières. Je découvre le jour où j’écris ces lignes qu’il tient un blog, louismarsan.fr, à l’interface désuète, compilation de billets consacrés à la dette publique et à la crise grecque, parsemés d’équations impossibles, et j’ai toujours peine à comprendre comment les équipes du Monde en charge de monter ces pages ont pu offrir trois colonnes à cet holibrius. Intitulée « Pour plus d’efficacité dans la lutte contre Ebola », je ne peux évidemment pas retranscrire in extenso sa tribune, mais en voici les « meilleures feuilles » comme on dit. Nous proposons l’idée d’une création de points de fixation des aides, sous la forme de zones franches transfrontalières destinées […] à accueillir et à soigner la population infectée par le virus. Celles-ci jouiraient pour une durée déterminée d’une totale autonomie, elles seraient, pour éviter toute équivoque, placées sous mandat onusien, et bénéficieraient de la protection d’une force armée internationale, dotée de pouvoirs de police étendus. Des structures médicales légères […] seraient dans un premier temps mises en place, avec l’envoi d’un très grand nombre de volontaires médicaux venant des pays développés et bénéficiant d’un statut avantageux d’expatriés […], ce qui impose de ne pas trop regarder à la dépense. […] On trouvera sans problème dans les pays industrialisés les compétences managériales et logistiques nécessaires à la réalisation de ce genre d’opération, pour peu qu’on accepte d’y mettre le prix. […]. La dimension médicale initiale des zones franches pourrait être le prélude à un développement urbain plus conséquent, toujours avec assistance internationale, et un agrandissement de la palette des activités. Déploiement de casques bleus, médecins européens payés vingt fois le SMIC pour fermer les paupières des morts d’Ebola, encadrés par des diplômés d’écoles de commerce et coachés par des consultants de KPMG ou d’Ernst&Young, contrats juteux pour Bouygues ou Vinci ; voilà la grande Idée de Louis Marsan-Masnières, et l’on n’aura même pas en rêve posé la première pierre de cette zone franche que le virus aura déjà foutu le camp trois cents kilomètres plus loin.

Laissons le Pr Olivier Bouchard, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Avicenne, répondre à la mégalomanie triomphante de LMM, dans un éloge du pragmatisme et presque de la décroissance, paru dans une publication confidentielle, La Lettre de l’Infectiologue : Ce ne sont pas les anticorps monoclonaux de ZMapp® (anecdotiquement utilisés et sans preuve de leur efficacité), ni même les sérums de convalescents et encore moins les futurs inhibiteurs d’ARN polymérase qui vont infléchir la mortalité d’Ebola. À l’inverse, une bonne vieille « réa » de soluté hydroélectrolytique, même accrochée à un clou sous une tente de fortune, mais largement accessible, ferait chuter la mortalité de 70 à 20 %.

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JC Lattès
EAN: 9782709658652
Date parution: 05/10/201
200 pageschallenge12016br

[1] http://www.lalsace.fr/actualite/2016/08/22/adrien-absolu-cultive-le-virus-de-l-alterite

Le Poison d’amour – Éric-Emmanuel Schmitt

Description par l’éditeur :

Julia, Anouchka, Colombe et Raphaëlle sont liées par un pacte d’amitié éternelle. Elles ont seize ans et sont avides de découvrir le grand amour. Chacune tient un journal dans lequel elle livre son impatience, ses désirs, ses conquêtes, ses rêves. Mais comment éviter les désastres affectifs que leurs parents affichent au quotidien ? Hier encore des enfants, les quatre adolescentes tombent dans le piège de cette émotion bouleversante, prêtes à entrer dans le domaine mystérieux de l’amour, cette folie qui peut les transformer. Au lycée, on s’apprête à jouer Roméo et Juliette, tandis qu’un drame, aussi imprévisible et fatal que le dénouement de la pièce, se prépare.

Le romancier n’en dit-il pas le plus lorsqu’il se pare d’un masque supposé déformant ? François-Guillaume Lorrain, Le Point.

 

Ce que j’en ai pensé :

Ah l’amour, toujours l’amour ou plutôt la tentation de l’amour et les promesses qu’elle laisse entrevoir… L’amour, le Saint-Graal de l’adolescence, quitte à le confronter à l’amitié. L’amour ou l’amitié? Dilemme vite réglé vous dirais-je.

Le Poison d’amour est un roman sous forme de journal intime adolescent à 4 voix qui se lit facilement tant sa construction est fluide et l’écriture de l’auteur est simple sans jamais être simpliste.
4 adolescentes, meilleures amies, sont en pleine crise identitaire et ont l’amour pour unique objet de convoitise. Ca tombe bien car la pièce de théâtre inscrite au programme de leur école est Roméo et Juliette de Shakespeare.

Je ne vous en dis pas plus. Sachez cependant que l’auteur a su capter avec justesse le mal de peau adolescent, cette période ingrate où rien n’est acquis car la vie recèle mille possibles. Et, pourtant, à peine sortis de l’enfance, nos jeunes croient que leur monde est fini.

“Je me change, je me maquille, je suis la plus heureuse des filles car je vais rejoindre ma bande, je me change, je me parfume, je me change, je me change, je me maquille, je sors, je recours dans ma chambre, je me change, je me coiffe, je me change, je me change puis j’éclate en sanglots : trop moche, je reste chez moi ! On n’a jamais souffert autant que moi…(..)”

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Albin Michel
EAN: 9782226259950
Date de parution : 01/0’/2014
180 pages

Le Livre de Poche
EAN: 9782253045434
Date de parution : 06/01/2016
168 pages

De profundis – Emmanuelle Pirotte

9782749151045Description par l’éditeur : 

Dans un monde à la dérive, une femme en fuite, une fillette murée dans le silence, et une ancienne demeure habitée d’un secret.

Bruxelles, dans un avenir proche. Ebola III a plongé l’Europe dans le chaos : hôpitaux débordés, électricité rationnée, fanatismes exacerbés. Roxanne survit grâce au trafic de médicaments et pense à suivre le mouvement général : s’ôter joyeusement la vie. Mais son ex-mari succombe au virus, lui laissant Stella, une fillette étrange dont elle ne s’est jamais occupée. Quand une bande de pillards assassine sa voisine, Roxanne part pour un hameau oublié, où l’attend une ancienne maison de famille. La mère et la fille pourront-elles s’adapter à ce mode de vie ancestral et à cette existence de recluses ?

Entre dystopie et conte fantastique, De profundis est un roman hors normes. Une plongée en enfer, doublée d’une fabuleuse histoire d’amour.

Ce que j’en ai pensé :

Aïe, aïe, aïe, pour ma toute première critique inaugurant ce blog, ça commence fort avec un roman que je n’ai pas du tout aimé. 

“Étrange”… écrivent d’autres lecteurs sur Goodreads et Babelio. Étrange roman… Il n’y a rien d’étrange à ce roman. Il est raté, voilà tout.
N’y vais-je pas un peu fort ? Non, je ne pèse pas mes mots. Ce roman est un coup d’épée dans l’eau.

Tout d’abord, que les choses soient claires, je n’ai pas lu Today we live (premier roman de l’auteure) mais j’en ai lu les critiques dithyrambiques. Ce qui signifie qu’à la lecture de De profundis, je n’ai pas pu éprouver de déception par rapport à la qualité du premier travail. Ceci dit, cela a été une grosse désillusion en regard de l’expectation que je nourrissais à découvrir cette auteure.
Deuxième précision : qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas écrit. À mes yeux, ce roman-ci n’est pas bon ; ce qui ne questionne aucunement le travail antérieur et ultérieur de l’auteure ni la qualité de son écriture ou de sa narration dans son ensemble.

A présent, rentrons dans le vif du sujet. Pourquoi clame-je qu’il ne serait pas bon, ce De profundis ? Pour plusieurs raisons, mais je vais en développer que quelques unes sinon ce n’est pas une critique que vous lirez mais un livre (beaucoup moins bien écrit, je le concède volontiers, car la plume d’Emmanuelle Pirotte est son point fort d’où la taille de ma déception. Oui, oui, je me répète) :

1) Dès les premières pages, on est embarqué dans une dystopie. C’est la fin du monde tel qu’on le connaît ; tout le monde crève du virus Ebola III (Ebola III, pourquoi 3, on ne le saura jamais) à gauche et à droite, à même le sol, dans les rues sales et abandonnées de Bruxelles et on a une femme de on-ne-sait-quel-âge – on la devine jeune, je lui ai donné la vingtaine bien sonnée pour découvrir presqu’à la fin du livre qu’elle a 38 ans -, Roxane, qui a, pour seule mission, de survivre dans cet univers hostile avec l’aide de son pote Mehdi. Super, mais… elle est aussi dépressive et pense tous les jours d’en finir avec la vie terrestre. Euh. Ah bon, d’accord. Ni une ni deux, si quelqu’un d’entre vous a vu ou lu les The Walking Dead ou encore La Route, on sait d’emblée que les dépressifs ne font pas long feu. Bref, c’est pas crédible.

2) On n’a aucune explication sur les raisons de l’emballement du virus d’Ebola, enfin du    n° 3 du virus. Soit. Ce n’est pas grave, on est dans un roman d’anticipation, voyons plutôt comment la société humaine survivante s’organise. Rappelez-vous qu’on crève à ciel ouvert mais voici que l’ex-mari de Roxane a eu le bénéfice de pousser son dernier soupir dans un lit propret aux draps blancs (bon, ce n’est pas tip top comme ça dans le livre, mais c’est sous-entendu). Via son avocat, il fait savoir à Roxane que leur fille âgée de huit ans, Stella, va se retrouver orpheline. Que va-t-elle devenir ? Option 1 : elle va chez sa maman suicidaire. Option 2 : elle est recueillie dans un orphelinat haut de gamme où elle ne manquera de rien. Hein ???? Je croyais qu’Ebola troisième du nom frappait tous sans distinction de classe et de milieu ET que la civilisation se liquéfiait au fil des pages. Comment voulez-vous qu’un orphelinat puisse encore être debout, aussi select soit-il ???

3) …. Non, j’arrête là. Je vous épargne les innombrables invraisemblances du récit et les rebondissements de l’intrigue aussi gros comme le nez au milieu du visage. Sachez cependant que la dystopie disparaît complètement pour laisser place au surnaturel avec une teinte de thriller. De nombreuses pistes sont envisagées puis abandonnées aussitôt (comme la famille dans la forêt, mais quel gâchis). L’auteure n’a pas réussi à se positionner ni pour définir le genre de fiction ni dans la psychologie des personnages (Stella est quoi à la fin ? Locked-in syndrome, Asperger, hypersensible ?) ou n’a peut-être pas “voulu” se positionner balayant ainsi les genres littéraires les plus courus du moment afin de plaire au plus grand nombre ?
Quant à la “formidable histoire d’amour” ainsi décrite sur la 4e de couverture, par pitié, elle est… risible.

Enfin, passez votre chemin, prenez La Route ou allez vraiment en De profundis en compagnie d’Oscar Wilde.
TRB

Cherche Midi Editeur
ISBN: 9782749151045
ISBN numérique: 9782749151052
Date parution: 25/08/2016
288 pages

This book has been recently published and is not yet available in English.

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