Chanson douce – Leïla Slimani

Description par l’éditeur

product_9782070196678_195x320Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. À travers la description du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture.


Ce que j’en ai pensé

Le bouche-à-oreille a fonctionné à plein régime. Laudatif.  En commençant ce livre en vol plané, j’en attendais tellement que l’atterrissage ressemblât à un plat en piscine.

Le premier chapitre donne le ton : Paris, il y a eut un carnage dans l’appartement des Massé au cinquième étage. Un bébé est mort (enfin, il a près de deux ans ce bébé) et sa grande soeur à peine âgée de quatre ans  est en train d’agoniser.
Et, oh surprise, l’assassin n’est pas une mère infanticide mais la nounou de la famille.
Chapitre deux : on retourne dans le passé et commence à retracer l’histoire de ce dramatique fait divers fictif. Comment est-on arrivé à ce massacre ? Là, on fait la connaissance du couple formé par Myriam et Paul et on plante le décor de tout ce qu’il y a de plus “bobo-parigot” tapant en plein dans la caricature :

  • elle -> Myriam a brillamment réussi des études de droit et est devenu avocate. Une belle revanche sur la vie car, étant née en France d’origine maghrébine, ce n’était pas gagné d’avance. Mais… elle ne travaille pas pour se consacrer totalement à ses enfants ;
  • lui -> Paul est un Français 100% de cru normand* et il est… artiste. Musicien et assistant son, il incarne le pur produit franchouillard baba-cool aux jeans délavés et cheveux en broussaille. Le type de garçon sexy avec ce zeste de nonchalance qui en fait un échalas adulescent ayant du mal à se débarrasser de son syndrome de Peter Pan.

La trame de l’histoire :  elle ne travaille pas, lui travaille mais c’est pas Byzance. Ils ont un enfant, une petite fille “difficile” qui tète mal, mais Myriam aime pouponner donc ils ont un deuxième enfant, un petit garçon facile, mais la maman est crevée, elle en a assez de passer ses journées qu’à pouponner alors elle retourne travailler (comme par hasard elle rencontre dans le jardin d’enfants un de ses anciens camarades de fac qui comme par hasard a fondé sa boîte juridique et qui comme par hasard il l’engage presque sur le champ) et elle se consacre corps et âme à son nouveau boulot. Paul décroche entretemps de juteux contrats d’enregistrement en studio pour des musiciens plus ou moins célèbres et, clap 1re, la belle vie commence grâce à l’aisance pécuniaire entrante MAIS que faire des enfants ? Il n’y a pas de place dans les crèches du coin (ils ne se sont pas démenés pour trouver une place non plus). Ni une ni deux : on cherche une nounou. On fait quelques entretiens avec des garde-enfants plus clichées les unes que les autres et on trouve la perle rare qui se matérialise en Louise, la quarantaine avancée, blonde, mince, col Claudine et collier de perles justement.
Et, clap 2e, le conte de fées commence car Louise, c’est Mary Poppins : elle fait tout, tout, tout dans la maison (et les deux c*****s de parents la laissent faire) mais on sait que ça va tourner au vinaigre, donc on attend la description de la descente aux enfers, laquelle… ne vient pas. Ah bon? Ben, non.
Louise, en fait, je l’aime bien, cette Louise avant qu’elle ne commette l’irréparable, car Louise est le seul personnage qui m’ait fait de la peine. Elle n’a vraiment pas eu de bol dans la vie, cette Louise, et, comme Mary Poppins, on ne sait pas d’où elle vient. On sait seulement que, sous ses airs angelots, c’est une Nanny McPhee qui se cache mais ses employeurs n’y voient que du feu puisqu’elle leur facilite tellement la vie, cette merveilleuse Louise.
On sait que Louise a déjà sombré dans la folie enfin, non, ça, ce n’est pas clair non plus. Louise, est-elle déjà folle ou le devient-elle ? Cependant, même si Louise m’a fait pitié, je n’ai pas compris la construction psychologique mise en place pour ce personnage car, malgré les efforts de l’écrivain, Louise ne m’a jamais paru menaçante.
Toutefois, oui, l’histoire est rondement menée ; oui, les phrases sont jolies et finement écrites. Néanmoins, oui aussi, les personnages sont plats – ceux des enfants y compris -, sans profondeur aucune sauf celui de Louise, toute menue soit-elle, qui recèle un tout petit peu d’épaisseur.
De toute façon, au final, cela ne change rien puisque Louise prend le visage de la sorcière dans Hansel et Gretel et je n’ai toujours pas compris comment et pourquoi.

*ou champinois ou lorrain? Je ne me souviens plus exactement de quelle région Paul est originaire. Camembert !

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Gallimard
EAN: 9782070196678
Date parution: 18/08/2016
240 pages

La mésange et l’ogresse – Harold Cobert

Description par l’éditeur

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« Ce que je vais vous raconter ne s’invente pas. »
22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à la perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa « mésange » reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ?
Quoi de plus incompréhensible que le Mal quand il revêt des apparences humaines ?
En sondant les abysses psychiques de Monique Fourniret, en faisant résonner sa voix, jusqu’au tréfonds de la folie, dans un face à face tendu avec les enquêteurs qui la traquent, ce roman plonge au coeur du mal pour arriver, par la fiction et la littérature, au plus près de la glaçante vérité.

Ce que j’en ai pensé

Ceux qui me connaissent savent que je n’abonde pas de passion pour le thriller, surtout pas pour ceux qui versent dans le glauque le plus gluant. Comme on se nourrit de ce qu’on lit, je vous épargne la description du délabrement mental occasionné par la lecture coup sur coup de Misécorde par Jussi Adler-Ossen et cinq thrillers par Maud Tabachnik.

Cette année-là, j’ai donc décidé que les thrillers étaient finis pour moi (à l’exception de mon “chouchou du genre”, à savoir le maître incontesté de l’horreur de tous les temps, Stephen King).

Mais, thriller n’est pas nécessairement polar alors que polar peut être à suspense. Vous me suivez ? Non ? C’est pas grave, moi non plus. Disons que j’aime les polars à la Simenon, à la Mankell. Ah ! Maigret, Wallander… ! J’aime ces flics un peu déboussolés, calmes, ténébreux, torturés, fumant la pipe ou la sèche, avec une épouse fidèle ou en crise maritale, tellement différents mais si semblables dans leur poursuite de la vérité. Comme je les aime ! et, donc, comme j’ai aimé le commissaire Jacques Debiesme ainsi que son équipe d’inspecteurs dont la caractéristique principale est leur humanité avec un grand H.
Car, d’humanité, on en a grandement besoin lorsqu’on s’attèle à décrire les crimes commis par le couple infernal Fourniret. Qu’on se rassure, la qualité d’écriture est telle que la description des violences subies par les victimes est réalisée avec beaucoup de discernement et de respect sans jamais verser dans le sordide ni le voyeurisme. Que cela ne déplaise à certains mais savoir quels ont été les derniers instants des victimes de ces monstres, c’est reconnaître pleinement l’horreur qu’elles n’auraient jamais dû vivre. Par ailleurs, l’assassin est un personnage secondaire, car ce livre est aussi un poignant hommage aux jeunes filles assassinées.

Ce roman du réel s’articule en quatre temps, imbriqués l’un à la suite de l’autre, sans ordre précis en fonction de la temporalité du récit :

  • les crimes relatés par l’angle des victimes (l’auteur les nomme sous un pseudonyme) ;
  • les pensées prêtées à Monique Olivier, épouse Fourniret, par lesquelles on découvre l’histoire de sa vie ; on tente de déchiffrer sa personnalité ; on assiste à la rencontre avec son futur mari et, enfin, à la mise en place de leur mode de fonctionnement en tant que couple, une synergie à finalité meurtrière entre deux rebus humains d’une médiocrité sans pareil ;
  • l’enquête policière proprement dite par le biais des auditions de Monique Fourniret ;
  • les états d’âme des courageux policiers et comment ils font face aux innombrables embûches auxquelles ils sont confrontés afin de pouvoir mettre Michel Fourniret hors d’état de nuire ad vitam eternam.

Vivant en Belgique au moment de l’arrestation du monstre aux lunettes rondes d’argent, à l’aube de l’ouverture du procès d’autres monstres du même genre, l’ogre à la moustache noire et de sa lâche de femme aux longs cheveux jaunes, je me souviens des grands moments de l’enquête – dont le point d’orgue fut la découverte de la participation de Monique Olivier dans les crimes, elle, une mère de famille (encore une !) – ainsi que, plus tard, du procès à Charleville-Maisières. Cependant, avant de lire La mésange et l’ogresse, j’étais bien loin de me rendre compte des tenants et aboutissants de cette enquête policière et du scandale judiciaire, lequel pendait au nez du Royaume, un comble après la série effroyable de méprises et d’incompétences flagrantes dans l’enquête sur les enlèvements de Julie & Mélissa, An & Eefje.

Harold Cobert signe ici un thriller policier haletant, assorti d’une esquisse psychologique d’une rare profondeur, le tout porté par une grande humanité.

Pour ne jamais oublier.

coup-de-coeur

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Plon
ISBN: 9782259230421
ISBN numérique: 9782749151052
Date parution: 18/08/2016
424 pages

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