La disparition de Josef Mengele – Olivier Guez

9782246855873-001-T1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres.  Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

 

Ce que j’en ai pensé

Travail de recherche remarquable ! Avec le résultat que la macabre légende de Mengele n’est plus.

Travail de recherche ? Ce livre est donc un essai ? Non, ne vous méprenez pas, La disparition de Josef Mengele s’agit bien d’un roman dans le sens où bien que les pensées de ce sinistre individu ainsi que les propos échangés relèvent de l’imagination de l’auteur, tout le reste est strictement factuel, c’est-à-dire, les événements et les personnages annexes et l’horreur indicible vécue par toutes les victimes innocentes aux mains de cette pourriture sans nom.

Ce livre est le propre du genre littéraire du roman qui s’attèle à remettre les pendules à l’heure de la vérité historique. On en a besoin au vu de la fascination morbide que continue d’exercer ce psychopathe à grande échelle. Je m’explique par une anecdote qui est tombée à pic au cours de ma lecture.
Pas plus tard qu’il y a deux semaines, j’ai regardé un reportage du JT du 20h sur France 2 au sujet de l’inexplicable natalité démesurée de jumeaux – dont une proportion hallucinante de monozygotes – à Candido Godoi, petite bourgade sans histoire du Brésil, fondée par des colons allemands au début des années 60. Au cours de cette courte enquête, le médecin obstétricien de ce joli coin verdoyant expliqua aux journalistes que, certes, cette gémellité extraordinaire était certainement due à une mutation génétique mais que celle dernière s’accompagnât de facto de maladie. En clair, qu’il était fort peu probable voire impossible si l’on se tenait à cette mutation seule d’avoir des jumeaux sans pathologie associée. Et, donc, de déduire que, vu que Mengele était venu à Candida Godoi dans les années soixante et y était resté quelque temps, que le docteur nazi avait trafiqué quelque chose dans les gènes de la colonie pour que gémellité et robustesse s’ensuivent. J’ai cru que j’étais en train d’halluciner devant mon écran en vociférant à voix haute à ce praticien de la santé par écran interposé de se tenir au fait des avancées récentes en matière de génétique humaine.

Cette anecdote démontre que les légendes ont la dent dure et qu’il était plus que temps de rétablir la vérité historique. J’espère sincèrement que ce roman ait du succès et soit traduit en plusieurs langues car il est d’importance de dire encore et toujours que Josef Mengele était un psychopathe de la pire espèce et était un lâche sans pareil. Il disposait de tous les ingrédients de la parfaite pourriture.

Je terminerai cette chronique en rendant hommage à toutes les victimes et, en particulier, à ces deux Juifs de Lödz, un père et son fils adolescent. Vous avez une place dans mon coeur. Je ne vous oublierai pas.

Ma note : 5/5. Coup de coeur !

Grasset
Parution : 16/08/2017
Pages : 240
EAN : 9782246855873

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The Door – Magda Szabó

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A young writer, struggling for success, employs an elderly woman called Emerence to be her housekeeper.
From their first encounter it is clear that Emerence is no ordinary maid. Although everyone in the neighbourhood knows and respects her, no one knows anything about her private life or has ever crossed her threshold. Only a great drama in the writer’s life prompts Emerence to unveil glimpses of her traumatic past – a past which sheds light on her peculiar behaviour.
The Door brilliantly evokes the development of the bond between these two very different women, and the tragic ending to their relationship.

My review

I can understand that some readers are impermeable to the deep significance of Magda Szabo’s masterpiece, The Door. From several reviews I’ve read on Goodreads, one finds it difficult to fathom what holds together the peculiar relationship between the two woman characters : Magdushka, the writer married to another writer who needs a housekeeper, the childless and motherless intellectual, lacking at times emotional maturity; and Emerence, the sour-tempered house cleaner employed by Magdushka, the caretaker of the block of flats opposite the writer’s appartment, feared by everyone but nevertheless indispensable to everybody in the street, the infatigable worker, hostile to all ideology, with no education but with a keen intellect, two decades older than her employer but just as childless and who’s never married.

Why does Magdushka stick to Emerence at the expense of the latter’s rudeness and verbal abuse? Emerence who comes at no hours to do the housecleaning though with impeccable results. The housekeeper even “steals” the couple’s dog in a way: Viola, the dog, named as such by Emerence, lives with them but only Emerence is his master (to the extent that the dog accepts the occasional beating without whining). Why doesn’t Magdushka set a final point to all this and get herself another house domestic, malleable and docile?
Well, there is a secret that cannot be explained: what draws two persons to each other that ends up in a trusted friendship even though one has to suffer vexations from the other? You have to read this book in order to grasp the essence of this uncommon friendship without being deterred by Emerence‘s out-of-the-blue reactions or cold indifference. And what about the door? Well, what’s behind the door is central to the bond between these two women.

The Door is a beautiful novel about hard-gained love and what is attached to it: the perpetual need for redemption, the learning pathway to trust, the looming danger of betrayal; love as source of pain.
There is the love between these two women that everything seems to oppose, but also the one between man and wife; the faithful love between the dog and his humans; the caring love for the elderly by the younger and the disillusioned one the other way round; the love for one’s community.

Anyway, isn’t love the core of all existence?

An absolute all-time favourite, a masterpiece:
a rating of 5/5 and beyond.

A buddy reading with Jostein

Read in April 2017 within the reading challenge Objectif PAL

Médecin de combat – Denis Safran et Vincent Rémy

Description par l’éditeur

Grand patron hospitalier, médecin-chef de la BRI, l’ancien Antigang, Denis Safran accompagne cette unité d’élite dans toutes ses actions. Le 9 janvier 2015, il participe à l’assaut contre l’Hyper Cacher. Le 13 novembre, il est le premier médecin à entrer au Bataclan.
À 69 ans, comment arrive-t-on en première ligne de missions aussi dangereuses ? Denis Safran raconte son parcours exceptionnel d’enfant de la République, fils unique de parents juifs polonais ayant échappé à la déportation. À 20 ans, il décide de vouer sa vie à réparer des corps cassés. Jeune interne, il va chercher les blessés de la route avec un des tout premiers SAMU. En 2000, il crée à l’hôpital Georges-Pompidou un grand service d’anesthésie-réanimation pour les polytraumatisés. Et en 2011, il médicalise la BRI.
Homme libre aux convictions fortes et aux propos déterminés, Denis Safran partage aujourd’hui sa vie entre sa péniche, le 36 quai des Orfèvres d’où partent les missions de la BRI, la place Beauvau et l’île de la Cité, où il conseille le ministre de l’Intérieur et le préfet de police sur les questions de santé.
Médecin de combat, ce farouche républicain est au cœur du dispositif antiterroriste. Son expertise, sa bravoure et sa vision offrent un éclairage unique sur les dangers auxquels nous faisons face.

Ce que j’en ai pensé

Eh bien moi qui étais enthousiaste de lire une analyse de l’intervention des secours en cette soirée fatidique du 13 novembre 2015, je me suis complètement fourvoyée !
Ni une biographie ni un essai, c’est un récit d’anecdotes issues de la vie de Denis Safran. Médecin de son état. Et retraité des hôpitaux publics : c’est important de le mentionner  car on répète toutes les 20 pages qu’il a été mis à la retraite le 31 août 2011 à 23h59. En fait, je ne suis plus sûre de l’année (était-ce 2009 ?) mais de l’exactitude du jour et de l’heure, j’y mets ma main au feu. Le 1 septembre, Denis Safran prend son poste de médecin à la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) attachée à la police judiciaire (36 Quai des Orfèvres, j’y vois le Commissaire Maigret). Et le combat commence. Ben, en fait, non. Le médecin céleb’ nous donne certaines explications sur le rôle d’un soignant dans une unité d’élite. C’est l’aspect intéressant du livre. Cela le serait encore plus et nettement moins agaçant si le doc’ se réfrénait de juger tout et n’importe quoi au travers d’un prisme unique : le sien. Tout y passe : la débâcle de l’hôpital public (bon, je partage son point de vue que c’est devenu un fiasco mais de là à mettre tous les médecins libéraux dans le même sac, c’est quand même avoir une attitude plus que sectaire) ; la mort suspecte (selon lui) du Shah d’Iran et comment lui – tout seul, oui tout seul – a tenté de le sauver (ben, voyons) ; la partialité de la presse dans son ensemble quand il s’agit de condamner les bavures policières (non, la presse a aussi condamné les attaques crapuleuses commises sur des flics, ne mettez pas tous les journalistes dans le même sac non plus ! Il semble qu’il oublie aussi que la population a encensé la police suite à leurs interventions en janvier 2015 mais de ça, aucune ligne) ; l’ode à ses mentors, Huguenard et Even, et qu’il serait presque normal d’être colérique parce qu’on est un grand médecin (Baptiste Beaulieu, si vous me lisez) ; et, puis, comme c’est une grande gueule, ça a été dur (lisez, ça a pris du temps) d’accéder aux plus hautes fonctions – Chef de service anesthésie-réanimation à Pompidou et professeur à la fac de médecine de l’Université Paris-V, c’est pas assez haut ou quoi ? Ou faut-il y être déjà au berceau ?
Bref, vous l’avez compris : c’est du moi, moi, moi et moi seul ai raison et les autres qui ne pensent pas comme moi, ce sont des 1) cons 2) incapables 3) gens qui n’y comprennent rien (biffez la mention inutile).
Ca, c’est pour la partie écrite de la plume de Safran.
Ensuite, il y a la partie écrite par Vincent Rémy (qui d’après une recherche Internet est rédacteur en chef de Telerama. “Scusez-moi”, mais comme je m’en tape de qui est qui alors je ne le savais pas. Tout comme je ne savais pas qui est Safran, mais depuis j’ai aussi tapé son nom sur la toile où j’ai pu constater qu’il avait déjà écrit un livre sur lui-même Un toubib dans l’urgence où il revient sur la mort du Shah d’Iran) qui semble être fasciné par le docteur. Qui dit journaliste fasciné, dit journaliste pas impartial du tout, alors on fait quoi ? Eh bien, on passe. J’en ai absolument rien à faire du fait que Safran vive sur une péniche, qu’il a été nourri enfant à l’huître et l’escargot, mais enfin où est la ligne directrice de ce bouquin ???

Un seul élément du livre a grâce à mes yeux : la vie des parents de Denis Safran. Juifs, ils ont eu la chance de ne pas avoir été raflés les 16 et 17 juillet 1942. Ils se sont cachés dans Paris jusqu’à la libération. Comment se sont-ils pris ? Le père de Safran est encore en vie, il serait temps de recueillir son témoignage. On apprend aussi que la femme de Denis Safran a récolté ces informations auprès de sa belle-mère de son vivant. Qu’attend-on de lui demander si elle est d’accord de les mettre par écrit ? On découvre avec étonnement que leur fils, le doc en question, ne s’est jamais intéressé de connaître leur vie pendant l’Occupation. J’omettrais d’émettre mon jugement (de valeur) mais je n’en pense pas moins.

Si vous voulez savoir plus sur comment les secours ont pris en charge les victimes du Bataclan, lisez le livre de Matthieu Langlois, Médecin du Raid (Albin Michel). Sincèrement, je n’y crois pas à la version “en première ligne” des faits livrés dans Médecin de combat. Pourquoi? 1) Parce qu’il dit avoir été le premier médecin sur les lieux sans apporter aucune preuve de ce qu’il avance 2) Parce qu’il rejette les témoignages selon lesquelles un silence de mort régnait dans la fosse du Bataclan alors que tous ceux qui ont réchappé au massacre ont dit que tout le monde se taisait malgré la douleur intolérable des blessures par balles de peur d’attirer l’attention des terroristes 3) (ce dernier point n’est pas un fait, mais un ressenti très personnel donc très subjectif) Parce que 2 des 4 victimes tuées à l’Hyper Cacher le 9 janvier étaient aussi dans leur “extrême jeunesse” (ça m’a choquée de lire que le massacre du Bataclan l’a plus remué que la prise d’otage de l’Hyper Cacher parce que ce qui l’avait frappé était l’extrême jeunesse des victimes).

Revenons à la mort du Shah d’Iran un instant. Leucémique depuis des années, l’état général du Shah était catastrophique et n’en avait plus pour longtemps. Néanmoins sa famille a fait venir des équipes de médecin de France, des USA, du Panama, résultant dans   un melting pot médical où tous étaient sous pression de faire quelque chose et vite. D’où celle de performer une splénectomie (je vous passe tous les détails du pourquoi et comment). L’infection qui lui a été fatale serait due à un contact malencontreux des clamps opératoires avec le pancréas lors de la procédure de splénectomie. Le pancréas aurait commencé à “suinté” par cette brèche accidentelle jusqu’à former un abcès sous-phrénique. La raison -telle que martelée sur plusieurs pages dans le livre- n’est donc pas parce que le grand chirurgien cardiaque américain Michael DeBakey qui avait réalisé la splénectomie aurait – intentionnellement ou par incompétence – oublié de mettre des drains (par ailleurs, je vous invite à aller lire sur Internet qui était Michael DeBakey). Quand presque un chapitre entier est consacré au rêve du jeune interne Denis Safran de devenir chirurgien cardiaque et qu’un concours de circonstances (pas très clairement expliquées non plus) l’en empêche et le met sur la voie de l’anesthésie-réanimation, on peut se demander pourquoi il s’acharne à ce point à allouer la responsabilité de la mort du Shah au Dr. DeBakey. Moi, j’appelle ça de la malhonnêteté intellectuelle. D’autant plus que Michael DeBakey est décédé depuis 2008 et ne peut plus se défendre contre des allégations… non-fondées. Pour terminer avec cet épisode, je vous invite à lire un article scientifique de septembre 2016 qui revient sur les derniers mois du Shah d’Iran et passe en revue son dossier médical.

Ma note : 1/5.

Grasset
Parution: 11 janvier 2017

Je vous écris dans le noir – Jean-Luc Seigle

J'ai lu, janvier 2016, 255 pages. 1re parution: Flammarion, 01/2015.


Lu le 20/11/16 dans le cadre de l’Objectif PAL

41w5a46flklDe Jean-Luc Seigle, j’avais lu en juin sa pièce de théâtre “Excusez-moi pour la poussière” sur les dernières années de la vie de Dorothy Parker qui fut critique littéraire dans Vogue, Vanity Fair, The New Yorker… et scénariste de l’âge d’or d’Hollywood : le scénario d’Une étoile est née qui a porté Judy Garland au firmament, et bien, c’est Dotty. Connue pour son analyse caustique de la société urbaine de son temps et son humour mordant, Dorothy Parker était aussi une femme engagée : contre le nazisme d’abord – ce qui,  par la suite, lui valu d’être victime du maccarthysme car, au pays de Biff Tannen, avoir été un anti-nazi de première heure équivalait souvent d’être taxé de soviet – et pour les droits civiques des Noirs ensuite. Bref, une très belle réussite d’un texte de théâtre.

Flammarion, janvier 2016, 96 pages.

32756455C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme teintée toutefois d’une pointe d’appréhension que j’ai décidé de sortir de ma PAL “Je vous écris dans le noir” par le même auteur. Pourquoi appréhender sa lecture ? Parce que j’avais peur de sombrer dans un pathos déplacé. Il faut savoir que je ne connaissais rien de l’affaire Pauline Dubuisson. Je n’en avais jamais entendu parler ni, par ailleurs, du film La vérité prétendument basé sur sa vie. À mi-chemin entre biographie factuelle et roman, la vie de Pauline Dubuisson a tous les ingrédients pour en faire un mélodrame. Pourtant, jamais l’auteur ne joue de cette ficelle facile. Certes, il présente son livre comme un roman biographique, mais c’est pour amener sur le chemin de la réflexion sur un sujet ô combien d’actualité que l’on n’aurait peut-être pas eu envie d’aborder si son livre avait été un essai factuel : la discrimination à l’encontre des femmes. Oui, encore et toujours. Sans dévoiler quoi que ce soit du roman, je suis allée de surprise en surprise –  mon coeur se serrant à chaque fois mais interpelant sans cesse ma raison -, l’auteur nous pose cette question cruciale, jamais formulée de façon explicite mais sous-entendue à chaque page : et si Pauline s’appelait Paul Dubuisson, aurait-elle vécu le même destin ?

Ma note : 4,5/5

Petit pays – Gaël Faye

Description par l’éditeur

petit-paysEn 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

Ce que j’en ai pensé

Il ne faut plus vous présenter Petit Pays, premier roman du chanteur et musicien Gaël Faye, listé dans la dernière sélection du Prix Goncourt 2016, qui a obtenu le Prix du Roman FNAC et le Goncourt des Lycéens 2016. Bref, le roman s’est fait parlé de lui en long et en large, ma chronique n’est qu’un modeste son de cloche se joignant au grand carillonnement d’éloges qui ont arrosé Petit Pays.

Ayant passé une partie de mon enfance dans le Sud-Kivu, j’ai été ravie par l’évocation de l’enfance du personnage principal, Gaby, dont on comprend qu’elle est grandement autobiographique. J’ai aussi reconnu le sentiment d’angoisse latent que l’on éprouve en permanence : que tout peut basculer du jour au lendemain.
J’ai dévoré les 3/4 du livre mais le récit m’a perdue pour le dernier quart du chemin. La véracité de la plume n’y était plus, celle-ci ayant laissé place à un artifice romanesque aussi visible comme le nez au milieu du visage (pour ceux qui ont lu le livre, c’est le passage où le zippo réapparaît). De plus, ayant lu Un dimanche à la piscine à Kigali par Gil Courtemanche quelques mois auparavant, j’ai eu quelques impressions de déjà-vu sur la fin.

Malgré ces réserves, c’est un premier roman très réussi par un jeune auteur sensible et d’une grande humanité.

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Grasset
Parution : 24/08/2016
224 pages
EAN : 9782246857334
Prix :  18.00 €

Deux messieurs sur la plage – Michaël Köhlmeir

Traduit de l'allemand (Autriche) par Stéphanie Lux,
Ed. Jacqueline Chambon, septembre 2015, 250 pages.


Lu le 16/11/16 dans le cadre de l’Objectif PAL

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En 1929, sur une plage de Californie, eut lieu la rencontre improbable de deux Anglais : Charlie Chaplin, le tramp des bas-fonds londoniens, et Winston Churchill, l’aristocrate qui allait bientôt sauver l’Angleterre de la barbarie nazie. Ils se découvrirent un ennemi commun : leur mélancolie, et décidèrent que chaque fois que l’un d’eux serait en proie au “chien noir”, nom que donnait Churchill à sa dépression, il appellerait l’autre à l’aide. Et c’est ce qu’ils firent. (Description par l’éditeur.)

Hormis leur nationalité britannique, rien ne prédisposait ces deux icônes de l’Histoire du XXe siècle de nouer une profonde amitié que seul la mort les sépara. Charlie Chaplin est un héros de mon enfance, c’est un des premiers artistes que j’ai fait découvrir à mes enfants très tôt dans leur vie. À l’instar de Camus, Chekhov, Bowie… il est un de mes guides spirituels, son portrait et des affiches de ses films égaient les murs de notre maison. C’est un génie humaniste/un humaniste génial qui a rendu le monde meilleur de son vivant et continue de le faire en nous donnant de l’espoir par le rire. Chaplin est intemporel, est universel. Mais il ne m’a jamais trompée, j’ai toujours su qu’il était un clown triste.
Ce qui est incroyable avec cette lecture est que j’ai redécouvert mon amour oublié pour Churchill. Je suis perplexe devant cet oubli. Cela fait plusieurs mois que Churchill se rappelle à mon bon souvenir : en voyage à Prague, en promenade un soir dans les rues alors désertes du quartier Malá Strana, je tombe un soir nez à nez avec son buste érigé à côté de l’ambassade du Royaume-Uni. L’inscription en tchèque sur le socle dit ceci : In the war the determination, in the loss the defiance, in the victory the generosity, in the time of peace the good will… Récemment, la série retraçant le règne de la reine Elizabeth II, The Crown, est arrivée sur Netflix. Et devinez qui en est un des personnages principaux ? Sir Winston Churchill, of course, incarné par le brillant John Lithgow.
Et voici que ce livre saute à mes yeux du tréfonds de ma bibliothèque me suppliant de le prendre dans mes mains. Oh, Michaël Köhlmeir, je viens de lire ce qui semblait être une histoire d’amitié entre deux hommes impliquant un chien qui se noie. Deux messieurs sur la plage ? Une véritable histoire d’amitié cette fois ? Je regarde plus attentivement la photo  de ces deux messieurs sur la 1re de couverture et mon coeur ne fait qu’un bond : c’est Churchill et Chaplin ! Tous les deux réunis sur un cliché photographique amateur, ne sachant pas trop comment prendre la pause, Charlie le grand comique, mime, maître de son corps et Winston, le héros de guerre, grand homme politique à l’éloquence et la réthorique légendaires, tous deux gauches sur cette photo ?

C’est le récit de la rencontre entre deux hommes qui n’avaient pas beaucoup de points communs mais qui étaient sur la même longueur d’onde. Ils ne savaient pas qu’ils se cherchaient mais ils se sont trouvés et ne se sont plus jamais quittés. Ils se sont vus l’un dans l’autre, comme dans leur propre reflet, car ils ont reconnu dans leur regard leur ennemi fidèle, le chien noir qui les hantaient quand ils étaient seuls, hors des feux des projecteurs. Michaël Köhlmeir prend de nouveau un chien comme allégorie de la dépression sourde, tenace, imbattable. En effet, elle est imbattable mais ce n’est pas pour cela qu’il faille s’avouer vaincu, Winston et Charlie s’étaient alliés pour lutter ensemble contre le chien noir. Tout comme ils ont combattu – chacun avec ses propres armes –  une autre figure de la noirceur la plus sombre de l’Histoire : Hitler en proie également aux prises du chien noir.

Mêlant faits réels et fiction, Deux messieurs sur la plage est un livre d’une complexité rare et passionnante.

Ma note : 5/5 – Coup de coeur !

Devenir Christian Dior – François-Olivier Rousseau

Description par l’éditeur

31930120Voyage dans l’avant-garde artistique des Années folles et dans l’univers effervescent de la mode, cette biographie romancée fait revivre le destin mouvementé d’un créateur d’exception.
Paris, années 1920 : un jeune homme cherche sa voie. Il passe ses soirées au Boeuf sur le toit en compagnie d’artistes déjà célèbres qui tous le reconnaissent comme l’un des leurs. Et pourtant Christian Dior ne sait pas encore comment exprimer son talent. C’est en crayonnant des modèles de chapeaux et en dessinant des robes pour des rubriques de mode qu’il découvre enfin sa vocation. Mais la guerre coupe court à ses ambitions. Démobilisé, Christian Dior rentre à Paris et seconde Lucien Lelong qui se bat contre l’occupant pour garder en France l’industrie de la couture. En 1947, il présente sa première collection : le New Look. Le succès est foudroyant et planétaire. La maison Dior devient l’incarnation du chic français, et son créateur un mythe instantané.

Ce que j’en ai pensé

Avant de commencer ce livre, je me faisais de Christian Dior une autre idée du personnage: grand, flamboyant, arrogant. En fin de compte, j’ai découvert que c’était un homme  timide, réservé, peu sûr de lui dans sa jeunesse, inconscient du talent qu’il possédait jusqu’à ce qu’il le découvrît par hasard ; très superstitieux, pas très grand mais toujours créatif et, ce, même s’il n’en était pas conscient au départ. En “grandissant”, il est devenu progressivement sûr de lui pour enfin devenir le Christian Dior de mon imagination.

C’est une biographie qui se lit aisément, truffée d’anecdotes historiques, où l’auteur a réussi à faire passer l’ambiance caractéristique allant des années de l’entre deux-guerres aux années cinquante.
Par contre, l’émotion n’était pas au rendez-vous : je trouve que le livre survole les événements sans creuser un peu leur surface ; on ne rentre jamais ou très peu dans l’intimité spirituelle de Christian – même si une part belle est faite à ses nombreuses amitiés – si bien qu’après avoir refermé le livre, j’ai encore plus envie de connaître qui était la personne derrière l’immense génie Dior.

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Allary Éditions
EAN: 9782370730985
Parution: 15 septembre 2016
300 pages

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