Concours pour le Paradis – Clélia Renucci

Présentation par l’éditeur

9782226392015-j

« Tout était dévasté, consumé, calciné. C’est de cet enfer qu’allait renaître le Paradis. »

Dans le décor spectaculaire de la Venise renaissante, l’immense toile du Paradis devient un personnage vivant, opposant le génie de Véronèse, du Tintoret et des plus grands maîtres de la ville. Entre rivalités artistiques, trahisons familiales, déchirements politiques, Clélia Renucci fait revivre dans ce premier roman le prodige de la création, ses vertiges et ses drames.

 

 

Ce que j’en ai pensé

Pour les Matchs de la rentrée littéraire Rakuten 2018 #MRL18, mon choix s’est porté sur un roman qui traite de l’art. L’art, encore l’art, toujours l’art. Surtout la peinture, je ne m’en lasse pas, c’est comme si tout mon âme doit s’en paître, voire même carrément s’y vautrer jusqu’à y être absorbée, résorbée par elle. Et, malgré tout ça et à mon grand désespoir, je suis une klet* irrécupérable en dessin.

Bref, on s’éloigne du sujet de ce billet, à savoir qu’un certain concours pour le Paradis (un toile dépeignant le seul et l’unique car écrit avec un grand P, ça ne plaisante pas) eut lieu à Venise à la fin du XVIe siècle, opposant les plus artistes de l’époque dont notamment Véronèse et Le Tintoret. Sur la ligne de temps de l’histoire de l’art, nous sommes donc à la fin du Cinquecento, c’est-à-dire à la toute fin de la période dite de la Haute Renaissance ou Renaissance tardive, juste avant l’avènement du barocco. Sur l’échiquier géopolitique de l’époque, Venise est loin d’être une “simple” ville de taille imposante même si elle est aussi prénommée la Cité des Doges. En effet, Venise est une république, un véritable État disposant de son propre attirail législatif et pouvoir exécutif tout en étant une puissance commerciale et maritime redoutable. En effet, la république de Venise, dite la Sérénissime, née en 697, est le carrefour le plus important du commerce européen méditerranéen avec l’Orient. Jusqu’aux découvertes d’autres routes vers les Indes par de Gama, Magellan… au siècle précédent dont l’exploitation déplaceront petit à petit le point d’ancrage du commerce avec l’Orient vers Gênes, sa rivale maritime de toujours.

C’est dans ce contexte d’amorce vers ce déclin de la Sérénissime en tant que puissance commerciale que le roman débute dans la nuit du 20 décembre 1577 au cours de laquelle le Palais des Doges brûle. On frôle la catastrophe ultime, l’incendie risquant d’atteindre la salle d’Armes avec ses réserves de poudre, jusqu’à ce qu’un orage providentiel éclate et la pluie éteigne le feu. Cependant, les dégâts sont incalculables : « Rien ne subsistait des fastes de la salle du Grand Conseil, ni les bancs des patriciens, ni la tribune sculptée dans un bois précieux, ni les dizaines portraits des doges répartis en frise en dessous du plafond aux cadres dorés à l’or fin. De l’immense fresque représentant le Paradis, ils distinguèrent à peine quelques fragments. Les splendeurs de la République avaient été réduites en cendre. »
La Sérénissime, s’étant à peine remise de la plus effroyable épidémie de peste de son histoire, pendant laquelle mourut le plus vénérable des peintres vénitiens, le Titien, les autorités de la Cité ne pouvaient se résoudre à accepter la perte du Paradis et décidèrent de la faire renaître de sa dévastation par les flammes. Cette décision prise, une autre question se posa : qui sera le peintre désigné pour réaliser ce chef-d’oeuvre éblouissant ? Véronèse ? le Tintoret ? Bassano ? Le seul moyen de les départager sera d’organiser un concours et c’est ainsi que commencera la valse des faux-semblants, flagorneries, ruses, volte-faces sur fond de tragédies familiales et d’alliances politiques.

Le concours durera le temps de quelques carnavals mais la réalisation du Paradis s’étendra au total sur vingt-huit ans.

Tant de sacrifices, de larmes, de regrets, de peines au nom de  quoi ? De l’art céleste, ce but irréalisable que chaque peintre tente d’atteindre ? Non, je me trompe, tout ça pour que la beauté subsiste dans le coeur des hommes. Oui, c’est ça, j’en suis sûre car, sans la beauté terrestre, serait-il encore possible d’envisager un jour de regarder le paradis en face ?

*Mot délicieux en bruxellois (brusseleir) pour décrire quelqu’un de nul. Talent zéro, quoi.


Ma note
: 4/5
. Un excellent premier roman, malgré quelques longueurs, dûment documenté à l’écriture précise et sans envolées lyriques (c’est un compliment), une sacrée gageure au vu du caractère flamboyant des personnages dont Venise elle-même.

Albin Michel
19.00 €
22 août 2018
EAN13 : 9782226392015

 

Advertisements