L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue – Norman Ohler

Description par l’éditeur

9782707190727La drogue est la continuation de la politique par d’autres moyens : telle est sans doute l’une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich… Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s’est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l’enthousiasme était de retour, un nouvel élan s’emparait de l’Allemagne.
Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du « speed ». Mais, si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l’aveuglement d’un Göring morphinomane et surtout l’entêtement de l’état-major sur le front de l’Est ont des causes moins idéologiques que chimiques.
Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux « Patient A », Adolf Hitler, qu’il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d’opiacés et de cocaïne. Mais, au-delà de cette histoire, c’est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.

Ce que j’en ai pensé

Il faut certainement saluer le travail de recherche de l’auteur. On sent qu’il a passé du temps sur les bancs des diverses archives de guerre (ou sur leur sites Internet). Il retranscrit la chronologie d’une addiction aux drogues dures, celle d’un chef d’Etat dément et démoniaque, et on est effaré de constater que des ballonnements dus à une constipation chronique d’un seul individu ont influé à ce point le cours de la vie de millions de personnes.
Mais – oui, il y a un grand mais -, hormis la première partie du livre sur la pervitine et comment elle a été décisive dans la Blitzkrieg, ce livre ne relate que l’histoire de dépendance entre deux hommes, Hitler et son médecin personnel, Morell, sans la mettre en relation avec l’Histoire. Par exemple, on apprend vers la fin du livre que Göring était fortement intoxiqué lui aussi. C’était le 2e en ordre de commandement du Reich allemand. En quoi son addiction et celle de son taré de führer ont-elles pu influencer leurs décisions? Je me retrouve avec 36000 questions sur l’influence réelle des toutes ces addictions sur le cours de la guerre. D’après le livre, tout le monde était shooté, donc tout le monde faisait n’importe quoi et ne voulait pas voir la réalité en face. Mais, à la base, l’idéologie nazie n’est pas née des volutes de l’opium, tout au plus elle n’était qu’imbibée d’alcool ; elle était donc bien une idéologie mortifère, les drogues dures auraient aidé à ce que ses suppôts la rende exécutoire plus rapidement, plus violemment, jusqu’à la destruction totale de ce qui existait jusqu’alors.
Il faut noter – et c’est important – que ce livre est un livre écrit par un romancier (l’auteur se définit comme tel alors qu’il est journaliste) et non pas par un historien. Si des liens sont faits ci et là, ils ne sont pas ou peu argumentés. On sent clairement que l’auteur manque d’arguments fondés pour aller jusqu’au bout d’une idée énoncée.
Toutefois, le mérite de cet ouvrage réside dans le fait d’avoir mis en lumière un aspect méconnu de l’Allemagne nazie : l’interdiction totale de l’usage de drogues alors que des personnes issues de tous milieux – du chiffonnier au Chancelier nazi – pouvait être sous l’emprise de psychotropes issues des officines du IIIe Reich, de façon épisodique ou répétée. Mais – oui, encore un autre mais – il y a aussi le danger que ce livre soit mal interprété : est-ce à cause des drogues que les Nazis ont été aussi meurtriers ? Et bien, non, amis lecteurs, non. La drogue aurait permis peut-être à ce que les massacres soient perpétrés de façon plus “expéditive” tout en effaçant toute once d’impunité chez leurs exécuteurs. Car il est crucial de se rappeler que :
1) avec ou sans drogue, l’idéologie nazie reste et restera toujours une idéologie mortifère et meurtrière ;
2) ce n’est pas la drogue qui a créé le nazisme mais Hitler et ses fanatiques ;
3) ce n’est pas la drogue qui a poussé des millions d’Allemands à acclamer Hitler et à le suivre.

P.S. 1: UPDATE: 2/5 au lieu de 3/5 à  suite à la lecture de ça: https://www.theguardian.com/books/2016/nov/16/blitzed-drugs-in-nazi-germany-by-norman-ohler-review

P.S. 2 : les raisonnements médicaux sont truffés d’erreurs. Par exemple, Hitler aurait eu un jour le teint jaune parce que son corps était en train de produire de la bilirubine (toxine hautement toxique et anormale selon l’auteur) du fait de sa consommation de drogues. Vous allez tous tomber de votre chaise quand vous apprendrez que nous produisons de la bilirubine en permanence. Eh oui, c’est un produit issu de la dégradation de l’hémoglobine lors du recyclage de nos vieux globules rouges. Il est donc parfaitement normal de produire de la bilirubine, mais c’est son accumulation qui est anormale. Enfin…

Un livre à prendre avec des pincettes et à compléter avec la lecture de travaux par des historiens reconnus.

La Découverte
Parution: 8 septembre 2016

challenge12016br

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3 thoughts on “L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue – Norman Ohler

  1. Antigone Héron says:

    J’ai lu ton billet avec un grand intérêt et tes réserves me semblent justes et argumentées… C’est un élément dont on parle peu, en effet… et qui peut expliquer certains comportements, éventuellement, mais comme tu le dis bien le fanatisme est la plupart du temps complètement conscient.

    Liked by 1 person

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