Médecin de combat – Denis Safran et Vincent Rémy

Description par l’éditeur

Grand patron hospitalier, médecin-chef de la BRI, l’ancien Antigang, Denis Safran accompagne cette unité d’élite dans toutes ses actions. Le 9 janvier 2015, il participe à l’assaut contre l’Hyper Cacher. Le 13 novembre, il est le premier médecin à entrer au Bataclan.
À 69 ans, comment arrive-t-on en première ligne de missions aussi dangereuses ? Denis Safran raconte son parcours exceptionnel d’enfant de la République, fils unique de parents juifs polonais ayant échappé à la déportation. À 20 ans, il décide de vouer sa vie à réparer des corps cassés. Jeune interne, il va chercher les blessés de la route avec un des tout premiers SAMU. En 2000, il crée à l’hôpital Georges-Pompidou un grand service d’anesthésie-réanimation pour les polytraumatisés. Et en 2011, il médicalise la BRI.
Homme libre aux convictions fortes et aux propos déterminés, Denis Safran partage aujourd’hui sa vie entre sa péniche, le 36 quai des Orfèvres d’où partent les missions de la BRI, la place Beauvau et l’île de la Cité, où il conseille le ministre de l’Intérieur et le préfet de police sur les questions de santé.
Médecin de combat, ce farouche républicain est au cœur du dispositif antiterroriste. Son expertise, sa bravoure et sa vision offrent un éclairage unique sur les dangers auxquels nous faisons face.

Ce que j’en ai pensé

Eh bien moi qui étais enthousiaste de lire une analyse de l’intervention des secours en cette soirée fatidique du 13 novembre 2015, je me suis complètement fourvoyée !
Ni une biographie ni un essai, c’est un récit d’anecdotes issues de la vie de Denis Safran. Médecin de son état. Et retraité des hôpitaux publics : c’est important de le mentionner  car on répète toutes les 20 pages qu’il a été mis à la retraite le 31 août 2011 à 23h59. En fait, je ne suis plus sûre de l’année (était-ce 2009 ?) mais de l’exactitude du jour et de l’heure, j’y mets ma main au feu. Le 1 septembre, Denis Safran prend son poste de médecin à la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) attachée à la police judiciaire (36 Quai des Orfèvres, j’y vois le Commissaire Maigret). Et le combat commence. Ben, en fait, non. Le médecin céleb’ nous donne certaines explications sur le rôle d’un soignant dans une unité d’élite. C’est l’aspect intéressant du livre. Cela le serait encore plus et nettement moins agaçant si le doc’ se réfrénait de juger tout et n’importe quoi au travers d’un prisme unique : le sien. Tout y passe : la débâcle de l’hôpital public (bon, je partage son point de vue que c’est devenu un fiasco mais de là à mettre tous les médecins libéraux dans le même sac, c’est quand même avoir une attitude plus que sectaire) ; la mort suspecte (selon lui) du Shah d’Iran et comment lui – tout seul, oui tout seul – a tenté de le sauver (ben, voyons) ; la partialité de la presse dans son ensemble quand il s’agit de condamner les bavures policières (non, la presse a aussi condamné les attaques crapuleuses commises sur des flics, ne mettez pas tous les journalistes dans le même sac non plus ! Il semble qu’il oublie aussi que la population a encensé la police suite à leurs interventions en janvier 2015 mais de ça, aucune ligne) ; l’ode à ses mentors, Huguenard et Even, et qu’il serait presque normal d’être colérique parce qu’on est un grand médecin (Baptiste Beaulieu, si vous me lisez) ; et, puis, comme c’est une grande gueule, ça a été dur (lisez, ça a pris du temps) d’accéder aux plus hautes fonctions – Chef de service anesthésie-réanimation à Pompidou et professeur à la fac de médecine de l’Université Paris-V, c’est pas assez haut ou quoi ? Ou faut-il y être déjà au berceau ?
Bref, vous l’avez compris : c’est du moi, moi, moi et moi seul ai raison et les autres qui ne pensent pas comme moi, ce sont des 1) cons 2) incapables 3) gens qui n’y comprennent rien (biffez la mention inutile).
Ca, c’est pour la partie écrite de la plume de Safran.
Ensuite, il y a la partie écrite par Vincent Rémy (qui d’après une recherche Internet est rédacteur en chef de Telerama. “Scusez-moi”, mais comme je m’en tape de qui est qui alors je ne le savais pas. Tout comme je ne savais pas qui est Safran, mais depuis j’ai aussi tapé son nom sur la toile où j’ai pu constater qu’il avait déjà écrit un livre sur lui-même Un toubib dans l’urgence où il revient sur la mort du Shah d’Iran) qui semble être fasciné par le docteur. Qui dit journaliste fasciné, dit journaliste pas impartial du tout, alors on fait quoi ? Eh bien, on passe. J’en ai absolument rien à faire du fait que Safran vive sur une péniche, qu’il a été nourri enfant à l’huître et l’escargot, mais enfin où est la ligne directrice de ce bouquin ???

Un seul élément du livre a grâce à mes yeux : la vie des parents de Denis Safran. Juifs, ils ont eu la chance de ne pas avoir été raflés les 16 et 17 juillet 1942. Ils se sont cachés dans Paris jusqu’à la libération. Comment se sont-ils pris ? Le père de Safran est encore en vie, il serait temps de recueillir son témoignage. On apprend aussi que la femme de Denis Safran a récolté ces informations auprès de sa belle-mère de son vivant. Qu’attend-on de lui demander si elle est d’accord de les mettre par écrit ? On découvre avec étonnement que leur fils, le doc en question, ne s’est jamais intéressé de connaître leur vie pendant l’Occupation. J’omettrais d’émettre mon jugement (de valeur) mais je n’en pense pas moins.

Si vous voulez savoir plus sur comment les secours ont pris en charge les victimes du Bataclan, lisez le livre de Matthieu Langlois, Médecin du Raid (Albin Michel). Sincèrement, je n’y crois pas à la version “en première ligne” des faits livrés dans Médecin de combat. Pourquoi? 1) Parce qu’il dit avoir été le premier médecin sur les lieux sans apporter aucune preuve de ce qu’il avance 2) Parce qu’il rejette les témoignages selon lesquelles un silence de mort régnait dans la fosse du Bataclan alors que tous ceux qui ont réchappé au massacre ont dit que tout le monde se taisait malgré la douleur intolérable des blessures par balles de peur d’attirer l’attention des terroristes 3) (ce dernier point n’est pas un fait, mais un ressenti très personnel donc très subjectif) Parce que 2 des 4 victimes tuées à l’Hyper Cacher le 9 janvier étaient aussi dans leur “extrême jeunesse” (ça m’a choquée de lire que le massacre du Bataclan l’a plus remué que la prise d’otage de l’Hyper Cacher parce que ce qui l’avait frappé était l’extrême jeunesse des victimes).

Revenons à la mort du Shah d’Iran un instant. Leucémique depuis des années, l’état général du Shah était catastrophique et n’en avait plus pour longtemps. Néanmoins sa famille a fait venir des équipes de médecin de France, des USA, du Panama, résultant dans   un melting pot médical où tous étaient sous pression de faire quelque chose et vite. D’où celle de performer une splénectomie (je vous passe tous les détails du pourquoi et comment). L’infection qui lui a été fatale serait due à un contact malencontreux des clamps opératoires avec le pancréas lors de la procédure de splénectomie. Le pancréas aurait commencé à “suinté” par cette brèche accidentelle jusqu’à former un abcès sous-phrénique. La raison -telle que martelée sur plusieurs pages dans le livre- n’est donc pas parce que le grand chirurgien cardiaque américain Michael DeBakey qui avait réalisé la splénectomie aurait – intentionnellement ou par incompétence – oublié de mettre des drains (par ailleurs, je vous invite à aller lire sur Internet qui était Michael DeBakey). Quand presque un chapitre entier est consacré au rêve du jeune interne Denis Safran de devenir chirurgien cardiaque et qu’un concours de circonstances (pas très clairement expliquées non plus) l’en empêche et le met sur la voie de l’anesthésie-réanimation, on peut se demander pourquoi il s’acharne à ce point à allouer la responsabilité de la mort du Shah au Dr. DeBakey. Moi, j’appelle ça de la malhonnêteté intellectuelle. D’autant plus que Michael DeBakey est décédé depuis 2008 et ne peut plus se défendre contre des allégations… non-fondées. Pour terminer avec cet épisode, je vous invite à lire un article scientifique de septembre 2016 qui revient sur les derniers mois du Shah d’Iran et passe en revue son dossier médical.

Ma note : 1/5.

Grasset
Parution: 11 janvier 2017

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L’extase totale. Le IIIe Reich, les Allemands et la drogue – Norman Ohler

Description par l’éditeur

9782707190727La drogue est la continuation de la politique par d’autres moyens : telle est sans doute l’une des leçons les plus méconnues du IIIe Reich… Découverte au milieu des années 1930 et commercialisée sous le nom de pervitine, la méthamphétamine s’est bientôt imposée à toute la société allemande. Des étudiants aux ouvriers, des intellectuels aux dirigeants politiques et aux femmes au foyer, les petites pilules ont rapidement fait partie du quotidien, pour le plus grand bénéfice du régime : tout allait plus vite, on travaillait mieux, l’enthousiasme était de retour, un nouvel élan s’emparait de l’Allemagne.
Quand la guerre a éclaté, trente-cinq millions de doses de pervitine ont été commandées pour la Wehrmacht : le Blitzkrieg fut littéralement une guerre du « speed ». Mais, si la drogue peut expliquer les premières victoires allemandes, elle a aussi accompagné les désastres militaires. La témérité de Rommel, l’aveuglement d’un Göring morphinomane et surtout l’entêtement de l’état-major sur le front de l’Est ont des causes moins idéologiques que chimiques.
Se fondant sur des documents inédits, Norman Ohler explore cette intoxication aux conséquences mondiales. Il met notamment en lumière la relation de dépendance réciproque qui a lié le Dr Morell à son fameux « Patient A », Adolf Hitler, qu’il a artificiellement maintenu dans ses rêves de grandeur par des injections quotidiennes de stéroïdes, d’opiacés et de cocaïne. Mais, au-delà de cette histoire, c’est toute celle du IIIe Reich que Ohler invite à relire à la lumière de ses découvertes.

Ce que j’en ai pensé

Il faut certainement saluer le travail de recherche de l’auteur. On sent qu’il a passé du temps sur les bancs des diverses archives de guerre (ou sur leur sites Internet). Il retranscrit la chronologie d’une addiction aux drogues dures, celle d’un chef d’Etat dément et démoniaque, et on est effaré de constater que des ballonnements dus à une constipation chronique d’un seul individu ont influé à ce point le cours de la vie de millions de personnes.
Mais – oui, il y a un grand mais -, hormis la première partie du livre sur la pervitine et comment elle a été décisive dans la Blitzkrieg, ce livre ne relate que l’histoire de dépendance entre deux hommes, Hitler et son médecin personnel, Morell, sans la mettre en relation avec l’Histoire. Par exemple, on apprend vers la fin du livre que Göring était fortement intoxiqué lui aussi. C’était le 2e en ordre de commandement du Reich allemand. En quoi son addiction et celle de son taré de führer ont-elles pu influencer leurs décisions? Je me retrouve avec 36000 questions sur l’influence réelle des toutes ces addictions sur le cours de la guerre. D’après le livre, tout le monde était shooté, donc tout le monde faisait n’importe quoi et ne voulait pas voir la réalité en face. Mais, à la base, l’idéologie nazie n’est pas née des volutes de l’opium, tout au plus elle n’était qu’imbibée d’alcool ; elle était donc bien une idéologie mortifère, les drogues dures auraient aidé à ce que ses suppôts la rende exécutoire plus rapidement, plus violemment, jusqu’à la destruction totale de ce qui existait jusqu’alors.
Il faut noter – et c’est important – que ce livre est un livre écrit par un romancier (l’auteur se définit comme tel alors qu’il est journaliste) et non pas par un historien. Si des liens sont faits ci et là, ils ne sont pas ou peu argumentés. On sent clairement que l’auteur manque d’arguments fondés pour aller jusqu’au bout d’une idée énoncée.
Toutefois, le mérite de cet ouvrage réside dans le fait d’avoir mis en lumière un aspect méconnu de l’Allemagne nazie : l’interdiction totale de l’usage de drogues alors que des personnes issues de tous milieux – du chiffonnier au Chancelier nazi – pouvait être sous l’emprise de psychotropes issues des officines du IIIe Reich, de façon épisodique ou répétée. Mais – oui, encore un autre mais – il y a aussi le danger que ce livre soit mal interprété : est-ce à cause des drogues que les Nazis ont été aussi meurtriers ? Et bien, non, amis lecteurs, non. La drogue aurait permis peut-être à ce que les massacres soient perpétrés de façon plus “expéditive” tout en effaçant toute once d’impunité chez leurs exécuteurs. Car il est crucial de se rappeler que :
1) avec ou sans drogue, l’idéologie nazie reste et restera toujours une idéologie mortifère et meurtrière ;
2) ce n’est pas la drogue qui a créé le nazisme mais Hitler et ses fanatiques ;
3) ce n’est pas la drogue qui a poussé des millions d’Allemands à acclamer Hitler et à le suivre.

P.S. 1: UPDATE: 2/5 au lieu de 3/5 à  suite à la lecture de ça: https://www.theguardian.com/books/2016/nov/16/blitzed-drugs-in-nazi-germany-by-norman-ohler-review

P.S. 2 : les raisonnements médicaux sont truffés d’erreurs. Par exemple, Hitler aurait eu un jour le teint jaune parce que son corps était en train de produire de la bilirubine (toxine hautement toxique et anormale selon l’auteur) du fait de sa consommation de drogues. Vous allez tous tomber de votre chaise quand vous apprendrez que nous produisons de la bilirubine en permanence. Eh oui, c’est un produit issu de la dégradation de l’hémoglobine lors du recyclage de nos vieux globules rouges. Il est donc parfaitement normal de produire de la bilirubine, mais c’est son accumulation qui est anormale. Enfin…

Un livre à prendre avec des pincettes et à compléter avec la lecture de travaux par des historiens reconnus.

La Découverte
Parution: 8 septembre 2016

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